La
reconnaissance des droits des autochtones, aussi bien au niveau fédéral que
provincial, est une lutte interminable depuis plusieurs centaines d’années et
les relations entre les peuples depuis la Conquête de 1760 n`ont pas toujours
été positives. Des conflits entre les premières nations et les gouvernements
peuvent encore survenir sur des enjeux spécifiques lors de négociations qui
n’aboutissent pas. C’est ce qui s’est passé à l’été 1990 à Oka lorsque la
nation Mohawk et les gouvernements québécois et canadiens se sont affrontés
politiquement au sujet de revendications territoriales et où le conflit
atteindra son apogée avec l’intervention de l’armée canadienne. Ce moment
historique fut appelé la Crise d’Oka.
L’objectif
principal de cette analyse est de présenter, dans une perspective historique,
le contexte et les acteurs pour analyser l’événement et le déroulement de la Crise d’Oka et
démontrer comment cela s’inscrit dans le contexte historique du colonialisme
canadien. Le questionnement de départ sera de se demander si un autre conflit
semblable à celui de la Crise d’Oka peut survenir aujourd’hui en 2012.
L'avant-crise
L'auteur sépare
l'avant-crise en deux parties qu'il nomme onde de choc. Les deux ondes de choc
ont changé les relations avec les autochtones : « la première onde de choc
survient dans les années 1970, lors du projet d'aménagement hydroélectrique de
la Baie James. Il s'est avéré, lors de cet épisode, que la négociation des
droits d'une minorité est beaucoup plus difficile à accomplir que l'État
l'avait cru.» ( Guibeault-Cayer, 2008,
p. 42). Il semble ici que le gouvernement avait sous-estimé l'ampleur de
la négociation. Ce n'est pas parce que l'État semble a priori supérieur à cette
minorité que la négociation ira facilement en leur faveur.
« La deuxième onde
de choc se déroule au début de la décennie 1980 et est marqué par des conflits
régionaux qui commencent en Gaspésie avec la « guerre du saumon»
(Guilbealt-Cayer, 2008, p. 42). Ces événements auront comme conséquence dix ans
de tension entre les gouvernements et les Premières nations du Québec. Les
conflits portent sur les questions des ressources naturelles. Ces ressources
sont souvent exploitées sur les territoires autochtones en commun accord avec
le gouvernement québécois. Cependant, ils ne s’entendent plus et ils ne réussissent
plus à arriver à une entente. De plus, les médias se mettent de la partie et ne
vont pas présenter une image positive des autochton et. Ils critiquent leurs
activités comme les casinos et le trafic de cigarettes. Ainsi, pour l'auteur,
l'évènement de la crise d'oka de 1990 n'est
qu'une suite logique.
La crise d’Oka
La
crise politique qui secoua le Québec à l’été 1990 et qui opposait les
gouvernements canadiens et québécois à la nation Mohawk débuta officiellement
le 11 juillet 1990 et se termina le 26 septembre 1990. L’enjeu principal de ce
conflit concerne les revendications territoriales des Mohawks et des tensions
qui en résultent en ce qui concerne le zonage et la construction sur le
territoire de la ville d’Oka et le territoire mohawk. L’élément déclencheur
s’est produit lorsque le maire d’Oka a octroyé à un promoteur un permis qui lui
permettait d’agrandir un terrain de golf et de construire des immeubles sur des
terres ancestrales revendiquées par les Mohawks (Téléjournal Radio-Canada). Les
évènements d’Oka s’inscrivent alors dans le cadre historique des revendications
territoriales des Premières nations et de leur reconnaissance juridique. Cette
section présentera le contexte et le déroulement historique de la crise d’Oka,
pour ensuite continuer avec une analyse.
Comme
nous l’avons expliqué dans la section de l’avant-crise, les évènements qui se
sont déroulés à Oka résultent d’une évolution des moyens de pressions que les
Premières nations ont utilisées pour faire valoir leur point. En ce qui
concerne Oka, divers moyens de pressions pacifiques ont été organisé par les
Mohawks avant la date du 11 juillet. En effet, dès le mois de mars des actions
de désobéissances civiles pacifiques ont lieu avec l’instauration de barrages
symboliques. De plus, plus de 900 citoyens d’Oka, sur une population de 1500,
signent et déposent une pétition au conseil municipal qui dénonce ce projet qui
demande que la nation mohawk soit consultée et qu’une étude environnementale
ait lieu (York et Pindera, 1991). Le maire de l’époque, Jean Ouellette, décida
tout de même d’endosser le projet et de rejeter la pétition. Dans les mois qui
ont suivis, les barrages des Mohawks ne devinrent plus symboliques et ils
devinrent des campements où ils y ajoutèrent du matériel et des armements. Le
gouvernement fédéral tenta d’intervenir et d’éviter une confrontation en
voulant racheter le terrain de golf, mais le maire refusa en prétextant ne pas
reconnaitre les revendications des autochtones.
Ouellette demanda l’intervention de la police provinciale et une
injonction en Cour supérieur du Québec, deux demandes qui ont été rejeté par
les autorités pour ne pas accentuer le conflit (York et Pindera, 1991).
Il
y a évidemment des tensions au sein même de la nation mohawk. D’un côté il y a
les traditionnalistes de la Maison Longue
qui exigent une place importante des femmes dans les négociations, un
arrêt immédiat de développement et de construction sur les terres ancestrales
et un accord territorial. De l’autre côté, il y a le Conseil de bande qui agit
comme représentant officiel de la nation mohawk aux yeux des gouvernements. Il
y a aussi des factions plus modérées et des factions plus radicales à
l’intérieur même de ce groupe protestataire. Les demandes des Mohawks sont
refusées à la fin juin et une injonction est accordée par la Cour et ordonne le
démantèlement des barricades (Charbonneau, 1991). Les autochtones décident de
défier l’injonction et ils ont l’intention de demeurer barricadés jusqu’à temps
que leur revendication territoriale soit réglée. Malgré les efforts du
gouvernement fédéral qui ne souhaite pas un conflit politique, le maire
Ouellette demande l’intervention de la police provinciale pour forcer le démantèlement des barricades et de
procéder à l’arrestation des manifestants.
Le
11 juillet 1990, les agents de la SQ arrivent à Oka dans le but de détruire les
barricades. Pendant ce temps à Kanesatake, des Guerriers armés confrontent les
forces de l’ordre en support avec les évènements d’Oka et ils prennent le
contrôle du pont Mercier en le bloquant physiquement. Les policiers décident
donc de détruire la barricade le plus rapidement possible et les Mohawks ne
résistèrent pas (York et Pindera, 1991). Cependant, des policiers tentèrent d’arrêter
un Guerrier mohawk et une fusillade éclata entre les deux camps :
« En l’espace de vingt à trente secondes, au moins 93 tirs d’armes à feu
ont été entendus, dont 51 provenaient des armes de cinq ou six policiers. Le
coroner a estimé qu’au moins trois Autochtones ont fait usage de leurs armes, de
deux endroits différents » (Trudel, 2009). Le policier Marcel Lemay est atteint
lors de cet échange de tir et il en meurt. Les forces de l’ordre, pris en
panique, se sauvent. Les Guerriers profitent du chaos pour prendre possession d’une grue
mécanique et d’équipements appartenant à la SQ pour renforcer le barrage et
bloquer complètement la route 344. Plus de mille policiers sont appelés en
renfort pour contrôler et encercler les Mohawks de Kanesatake et Kahnawake, qui
eux barricadent leur territoire, avec le support complet de leur communauté.
Du
11 juillet au 26 septembre, les forces de l’ordre optent pour la stratégie de
tenir un siège. Il a d’ailleurs été reconnu que la SQ a contrevenu à plusieurs
droits fondamentaux en tenant un blocus qui empêchait l’entré de nourritures et
de médicaments à l’intérieur des communautés autochtones pendant le siège. Le
négociateur gouvernemental est le député libéral John Ciaccia. Dès le lendemain
de la fusillade, il se rend sur place négocié avec les Mohawks et il promet que
le projet d’agrandissement du terrain de golf sera annulé. Par contre, le
gouvernement fédéral le contredit et affirme qu’il ne négociera pas avec des
gens armées. Malgré plusieurs jours de négociations, aucune avancée ne peut
être réalisé vu le refus du fédéral de plier sur la question territoriale
(Trudel, 2009). À la fin juillet, le fédéral oblige la ville d’Oka à lui vendre
le terrain convoité sous menace d’expropriation dans le but de régler la crise (York
et Pindera, 1991). Malgré cette mesure et le fait que la nation Mohawk se
divise, d’un côté les traditionnistes qui veulent tenir la ligne dure et les
barricades, et de l’autre le Conseil de bande qui est modéré et souhaite
négocier sans la radicalité des Guerriers. Le 8 août 1990, le premier ministre
Bourassa demande l’aide du fédéral en exigeant la Loi sur les mesures de guerre
et remplace la SQ par l’Armée canadienne (York et Pindera, 1991).
Du
12 au 17 août, les négociations reprennent entre les deux camps au même moment
où les policiers sont remplacés par les soldats. La crainte que la crise se
termine dans un bain de sang fait craindre les deux camps. Les négociations ne
sont cependant qu’une tentative du fédéral pour gagner du temps. En effet, les
Mohawks et le gouvernement fédéral ne peuvent s’entendent pour la raison que
leurs exigences sont incompatibles : les Mohawks veulent la reconnaissance
de leur souveraineté territoriale en échange du démantèlement des barricades et
le gouvernement fédéral refuse de discuter de reconnaissance territoriale et
exige le démantèlement des barricades avant de pouvoir poursuivre les
négociations (York et Pindera, 1991).
Du
17 au 29 août, les négociations avec la communauté mohawk de Kahnawake échouent
encore et le mouvement de contestation s’affaiblit grandement avec le départ de
la plupart des résistants. Finalement, les barricades au pont Mercier sont
démantelées et les Guerriers de Kahnawake se retirent le 29 août.
À
Kanesatake, les négociations échouent et l’armée canadienne profite de la
faiblesse des mohawks pour avancer et prendre contrôle du territoire le 3
septembre. Les résistants se réfugient à l’intérieur du Centre communautaire et
font une ultime offre le 11 septembre dans laquelle ils abandonnent leur
demande territoriale. Bourassa rejette tout de même l’offre. Le 26 septembre
1990, la crise d’Oka se termine lorsque les derniers Guerriers détruisent leurs
armes et que les forces de l’ordre les arrêtèrent.
Analyse
À
la suite du travail que nous venons de réaliser, nous pouvons affirmer que la
crise d’Oka s’inscrit dans une suite logique des revendications territoriales
faites par les Premières nations depuis des décennies. D’ailleurs, les
revendications mohawks font « prendre conscience de l’existence dans la
région de Montréal de l’une des plus anciennes revendications territoriales de
l’histoire du Canada. Cette crise s’est produite en 1990, à l’époque où se
déroulaient des négociations constitutionnelles qui suscitaient un large débat
sur la situation des « peuples fondateurs » (Trudel, 2009, p.129). Les
autochtones du Canada tentent depuis plus de 100 ans de faire reconnaitre leurs
droits ancestraux et leur droit à la propriété au niveau juridique et politique
et ils ont perdus pour la presque totalité de leurs causes. C’est ce qui s’est
passé à Oka en 1990 lorsque les mohawks ont demandé l’intervention du juridique
et du politique pour empêcher l’agrandissement du terrain de golf et la
construction d’immeubles à logement sur des terres qu’ils revendiquent. Comme
nous l’avons expliqué, les refus répétés des autorités aux demandes faites par
les mohawks aura en quelque sorte radicaliser les moyens de pressions utilisés
par ses derniers. En effet, les premières manifestations étaient pacifiques et
les premiers blocages étaient symboliques. Par la suite les mohawks ont
emprunté la voie de la désobéissance civile pour défier ouvertement les
gouvernements québécois et canadiens. L’escalade de violence qui a suivi suite
à l’intervention armée des policiers de la SQ aura eu comme principales
conséquences de radicaliser les mohawks dans leurs moyens de pressions, de
généraliser le conflit, de le transformer en crise sociale et de réprimer en
déclarant la Loi sur les mesures de guerre. De plus, nous avons constaté dans
la période de l’avant crise qu’une évolution des conflits entre autochtones et
gouvernements avaient lieu : «le Rapport de la Commission des droits de la
personne du Québec montre qu’avant la date fatidique du 11 juillet 1990 – début
de la crise d’Oka –, le Québec avait été secoué d’une série d’ondes de choc qui
l’avaient marqué dans ses relations avec les Autochtones. Les auteurs du
document, Monique Rochon et Pierre Lepage, avancent que la crise d’Oka
s’inscrit dans la suite logique de cette série d’ondes de choc » (Guilbeault-Cayer,
2008, p.42) .
La
crise d’Oka a été un problème sérieux pour la légitimité des actions
entreprises par les gouvernements. Les revendications autochtones passées
démontrent clairement qu’aucune reconnaissance de leurs droits ancestraux de
propriété n’a été le moindrement reconnus par une cour de justice. Reconnaitre
ce droit ancestral juridiquement ouvrirait une véritable boite de pandore pour
les gouvernements et les autochtones du pays auraient toute la légitimité pour
faire valoir leurs droits. Lors de la
crise d’Oka, les gouvernements n’avaient aucunement l’intention de négocier une
reconnaissance territoriale ancestrale avec les mohawks. Ils ont simplement
voulu éviter que la crise devienne une confrontation armée pour ne pas perdre
leur légitimité face à la population aux organismes mondiaux des droits de la
personne. Étant donné que les mohawks étaient barricadés et armés, deux moyens
de pression illégaux selon la loi canadienne, et que l’État détient le monopole
de la violence légitime, les gouvernements ont entrepris une véritable campagne
de propagande pour obtenir l’appui de la population en montrant « que le
problème qui se présentait avec les Autochtones en juillet 1990 était une
menace à la sécurité publique et territoriale du Québec, et que l’appel aux
forces de l’ordre était l’unique moyen de protéger les intérêts des
Québécois » (Guilbeault-Cayer, 2008, p.44). D’ailleurs, le ministre
québécois des Affaires Indiennes désapprouve cette tactique et fait une
déclaration surprenante où il comprend les gestes des mohawks : « selon lui, il n’est pas
surprenant que les Mohawks aient pris les armes pour faire entendre leurs revendications
car les hommes politiques et le public ne portent une attention particulière
aux nations autochtones que lorsque celles-ci utilisent des moyens dramatiques
ou lorsque les événements se terminent tragiquement » (Guilbeault-Cayer,
2008, p.51-52).
Il
y a eu aussi le fait que le partage de compétences entre le municipal, le
provincial et le fédéral a été un véritable problème dans ce conflit. En effet,
les trois paliers de gouvernement avaient des compétences propres :
« les Autochtones et leurs terres sont sous compétence fédérale, le
développement des territoires est plutôt de ressort provincial, créant ainsi un
conflit. À Oka, la municipalité devait aussi tenter de jouer le rôle qui est le
sien dans le développement de son territoire » (Guilbeault-Cayer, 2008,
p.53). Au lieu de s’affronter juridiquement, les acteurs de ses trois paliers
de gouvernement auraient pu s’unir pour le temps de la crise et travailler
conjointement car leurs actions ont souvent mené à des incompréhensions et des
actions néfastes face aux revendications des Mohawks. L’urgence de la situation
aurait dû prévaloir au lieu de perdre du temps sur des questions techniques et
qui a eu comme conséquence d’accentuer la crise d’Oka.
Les
Mohawks ont aussi continué une tradition
en tenant le positionnement qu’ils occupaient à la barricade. Les femmes
et les enfants sont positionnés à l’avant et ils ont comme responsabilité de
mener le groupe et de négocier. Les hommes armés sont positionnés à l'arrière
et ils doivent protéger et défendre le groupe. Cela démontre l’importance de la
femme dans la vie traditionnelle autochtone.
À
la suite de ce travail, nous pouvons affirmer que la crise d’Oka s’inscrit dans
le contexte historique du colonialisme canadien.
Conclusion
En
conclusion, cette analyse dans une perspective historique de la Crise d’Oka
aura présenté les principaux acteurs, le contexte, le déroulement et les étapes
de ce conflit en plus d’être analysé sous l’angle historique.
Pour
répondre au questionnement de départ qui était de se demander si un autre
conflit semblable à celui de la Crise d’Oka pourrait survenir aujourd’hui en
2012, il apparait que même si les gouvernements québécois des dernières années
travaillent en collaboration avec les peuples autochtones pour reconnaître leurs droits juridiques,
ancestraux et territoriaux, un autre conflit semblable pourrait bien se
reproduire. L’ouverture du nord québécois à l’exploration et l’exploitation des
ressources naturelles à une plus grande échelle entrainera certainement de
dures négociations entre les gouvernements et les représentants des premiers
peuples. D’ailleurs, la nation Innu de Maliotenam a érigé des barrages naturels
en octobre 2012 pour bloquer la route 138 sur la Côte-Nord pour contester le
Plan Nord. Cependant, les gouvernements provinciaux et fédéraux ont appris de
leurs erreurs faites lors de la Crise d’Oka et il serait surprenant que l’armée
canadienne soit de nouveau appelé pour résoudre de force un conflit politique
les opposants aux autochtones. Pour terminer, il serait intéressant d’étudier
diverses crises politiques entre les peuples autochtones et les gouvernements
dans l’histoire canadienne et de constater à quelles fréquences les pouvoirs en
place ont eu recours à la force militaire.
Mikael St-Louis
Bibliographie
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-Téléjournal
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-Trudel, P., 2009, La crise d’Oka de 1990 :
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-York, G et Pindera, L.
People of the pines, the Warriors and the legacy of Oka. Little,
Brown and company (Canada) Limited, Toronto : 1991
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