mardi 16 juillet 2013

La Chine et le confusiannisme



La Chine occupe une place importante dans l`échiquier mondial et son histoire démontre une multitude de changements qui auront modifié la société chinoise à plusieurs reprises. Malgré une position dominante au niveau économique et possédant une population de plus d`un milliard d`individu, la Chine semble se moderniser lentement par rapport aux grandes puissances industrielles de l`Occident et cela est expliqué par plusieurs facteurs.  Ce grand pays, qui fonctionne sous un régime communiste, prône la pensée confucianisme depuis quelques millénaires et le but recherché par la société est l`harmonie. Je tenterais d`analyser le texte De Confucius au romancier Jin Yong de Nicolas Zufferey pour voir si le confucianisme,  ce courant de pensée qui a survécu aussi longtemps grâce à son niveau d`adaptation, pourrait nuire à l`entré rapide de la société chinoise  dans la modernité?


Méthode d`analyse
L`auteur utilise l`approche scientifique et use du raisonnement hypothético-déductif pour analyser les aspects de la pensée chinoise et tenter de prouver son hypothèse. En effet, l`auteur veut montrer si le confucianisme occupe une position importante dans la société chinoise, est-ce que cela à un impact sur le processus de démocratisation et d`entrer dans la modernisation? Selon lui, il y a effectivement un lien causal et son hypothèse va dans ce sens. Pour prouver son point de vue, Nicolas Zufferey utilisera comme test empirique des aspects quantitatifs et des aspects qualitatifs avec comme principal exemple la littérature d`arts martiaux.


Confucianisme et modernité
Pour réaliser une analyse complète et objective, l`auteur se doit de bien définir les concepts utilisés tout au long de son texte. Tout d`abord il se doit d`établir sa définition du confucianisme et il cite l`auteur Tu Wei-ming : « le confucianisme, terme occidental qui n`a pas d`équivalent en chinois, est une vision du monde, une éthique sociale, une idéologie politique, une tradition lettrée, et une façon de vivre » (Zufferey, p.76). Cette vision du monde a comme principal objectif que la société chinoise vive en harmonie. Encore une fois il est important de bien définir le concept d`harmonie. Pour Confucius, l`harmonie pourrait signifier l`absence de conflit dans toute les sphères de la société comme l`harmonie avec le gouvernement, la famille et avec soi-même. Toujours selon l`auteur, « cette harmonie présuppose la pratique du ren (« bienveillance », « humanité ») et de la piété filiale (xiao), qui implique des devoirs vis-à-vis des ancêtres et des parents » (Zufferey, p.78).

Après avoir définie la pensée de Confucius, l`auteur aborde maintenant la modernité et la définie. Il indique qu`on associe la modernité à l`Occident mais qu`il faut comprendre que la Chine impériale vivait déjà dans une certaine modernité depuis des siècles et que le confucianisme peut être compatible avec une forme de modernité. La Chine est alors entrée dans la modernité malgré le confucianisme. De plus, l`adaptation que ce courant de pensée a su avoir durant les nombreux siècles ou plusieurs régimes différents se succédèrent et qu`il y eut adaptation du discours dans le temps démontre sa grande souplesses et explique sa longue survie et cela s`explique par un processus historique d`adaptation.

Même si la tradition et les ancêtres sont importants pour la société chinoise, plusieurs aspects du confucianisme comme : « l`accent mis sur la loyauté ou l`ordre, l`importance attachée à l`étude ou à l`écrit, paraissent favorables à toute entreprise de modernisation » (Zufferey, p.84) sont des qualités importantes, positives  et indéniables pour la réussite d`une société moderne.  Cependant il est vrai que pour l`Occident, il manque à la société chinoise quelques programmes sociaux qui assureraient la protection sociale de la société ainsi que plusieurs droits politiques en opposition au communisme pour pouvoir profiter pleinement de la modernité. Il faut cependant comprendre que les valeurs profondes des asiatiques sont différentes des valeurs occidentales et qu`ainsi, « la Chine et quelques autres pays d`Extrême-Orient […] représenteraient un type alternatif au modèle global de la modernité » (Zufferey, p.85).


Valeurs asiatiques, confucianisme et démocratie
Le confucianisme est présent dans la vie des Chinois depuis des milliers d`années et il semble pertinent de penser que cette doctrine ait un lien avec les valeurs asiatiques. En effet, la réussite des entreprises s`expliquerait « par l`organisation familiale de l`entreprise, avec des relations fondés sur la piété filiale, la loyauté, le respect des hiérarchies et des ainés, ainsi que par le souci de l`harmonie  et l`habitude de régler les difficultés par la négociation plutôt que par le conflit » (Zufferey, p.86).

Pour être pleinement dans la modernité, les occidentaux associent directement ce thème avec la démocratie. La société chinoise, quant à elle,  aurait trois courants de pensées par rapport à la démocratie. La première expliquerait que le confucianisme n`est pas en désaccord à la démocratie, mais qu`il n`est pas non plus en accord. La notion de droits et de propriétés privés n`est pas la vision chinoise ; elle prône plutôt une hiérarchie de la société et de l`État. La deuxième pensée est beaucoup plus optimiste. Effectivement, elle voit un lien compatible entre démocratie et confucianisme car ce dernier a comme doctrine que le peuple est la racine et aborde des thèmes comme l`égalité et la liberté d`expression. Le dernier courant de pensée est à l`inverse du dernier ; démocratie et doctrine confucéenne serait complètement incompatibles. Cette pensée se base sur « la pression du groupe sur l`individu et le respect dû à l`autorité, notamment la piété filiale, qui s`opposent à des exigences centrales de la démocratie comme l`égalité » (Zufferey, p.88). L`auteur termine ce chapitre en indiquant qu`aucune conclusion n`est possible tellement le problème est complexe. Cependant l`auteur continue en indiquant qu`un lien certes réunit les valeurs asiatiques et la doctrine de Confucius et que le discours autoritaires présentement en Chine favorise ce type de pensée.


Test empirique
Nicolas Zufferey utilise la littérature d`arts martiaux, principalement en étudiant les discours des deux auteurs célèbres Jin Yong et Lu Xun, pour démontrer que ses romans aident de façon consciente ou non, à prôner la doctrine confucéenne  et le discours autoritaire qui s`y rattachent en idéalisant la tradition, la fidélité et la piété filiale. Du point de vue quantitatif, la littérature d`arts martiaux en Chine connait une nouvelle popularité depuis quelques années et cela peut expliquer que plus de volumes sont en circulation et que ses livres parlent d`harmonie, de tradition et de respect. Du côté qualitatif, il faut voir un certain lien entre la pensée chinoise et le discours qu`y se retrouve dans cette littérature. Il y a effectivement une montée du discours néo-autoritaire en Chine depuis une vingtaine d`année et la nation est très importante et représente la valorisation du passé. L`auteur termine se chapitre en indiquant ses réserves sur les conclusions qu`il faut en faire. Il indique que l`étude de la littérature chinoise est loin d`expliquer vraiment la problématique et qu`il manque des éléments importants. D`autres points devraient être pris en compte avant de prendre véritablement position. Il ajoute cependant que ses romans aident à la fierté nationale et à la possible montée du nationalisme.


La doctrine confucéenne, la culture chinoise et le concept de nation
La culture chinoise et la doctrine confucéenne aident à la stabilité du système politique chinois. En effet, « l`individu est appelé à s`effacer au profit de l`harmonie et surtout de la solidarité du groupe. La pression du groupe est telle qu`elle produit  un état permanent de conformité » (Bélanger et Lemieux, p.90).  De plus, cette conformité et l`absence de conflit facilite la tâche des dirigeants qui ne recherchent pas vraiment le changement. Tout ses efforts des dirigeants a pour but la socialisation politique et la représentation des intérêts. Cela commence en Chine par la famille et le respect de la hiérarchie et de la piété filiale. Tout est orchestré en Chine pour que l`individu se représente sa société comme un groupe et non une multitude d`individus. Il faut l`ordre et le respect des traditions. Il faut aussi noter que la marge de manœuvre des acteurs est restreinte et que tout changement ou révolution est presque impensable. Le discours des dirigeants est conforme aux valeurs véhiculées du respect de la hiérarchie et de la nation.

Le confucianisme a un idéal type et il s`agit de l`harmonie. Le but recherché, la perfection absolue pour cette doctrine est d`éviter le conflit et ainsi de vivre en harmonie. Selon eux, l`harmonie et le conflit sont deux opposés. En effet, il faut analyser l`histoire chinoise pour s`apercevoir que la notion d`harmonie favorise la cohésion sociale et le groupe, au détriment des libertés individuelles.

Il est évident que la doctrine de Confucius aide à consolider la nation chinoise. Démontré tout au long de cette analyse, la valorisation du passé aide à la nation à se maintenir et à former une cohésion. Le respect des ainés et de la tradition sont en lien direct avec la nation. Il faut comprendre que la Chine est entrée dans la modernité, mais à sa manière. Il ne faut pas penser que l`Occident représente le seul modèle et qu`aucun autre n`est disponible. Dans ce contexte, il est intéressant de suivre le développement économique et culturel de la Chine dans les prochaines années.

Mikael St-Louis



Bibliographie

BÉLANGER, André-J et LEMIEUX, Vincent. Introduction à l`analyse politique, gaëtan morin éditeur, 1996, 326 pages.

 ZUFFEREY, Nicolas. De confucius à Jin Yong, Folio essais, chapitre III, p.75-101.

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