La
Chine occupe une place importante dans l`échiquier mondial et son histoire
démontre une multitude de changements qui auront modifié la société chinoise à
plusieurs reprises. Malgré une position dominante au niveau économique et
possédant une population de plus d`un milliard d`individu, la Chine semble se
moderniser lentement par rapport aux grandes puissances industrielles de
l`Occident et cela est expliqué par plusieurs facteurs. Ce grand pays, qui fonctionne sous un régime
communiste, prône la pensée confucianisme depuis quelques millénaires et le but
recherché par la société est l`harmonie. Je tenterais d`analyser le texte De Confucius au romancier Jin Yong de
Nicolas Zufferey pour voir si le confucianisme,
ce courant de pensée qui a survécu aussi longtemps grâce à son niveau
d`adaptation, pourrait nuire à l`entré rapide de la société chinoise dans la modernité?
Méthode d`analyse
L`auteur
utilise l`approche scientifique et use du raisonnement hypothético-déductif
pour analyser les aspects de la pensée chinoise et tenter de prouver son
hypothèse. En effet, l`auteur veut montrer si le confucianisme occupe une
position importante dans la société chinoise, est-ce que cela à un impact sur
le processus de démocratisation et d`entrer dans la modernisation? Selon lui,
il y a effectivement un lien causal et son hypothèse va dans ce sens. Pour
prouver son point de vue, Nicolas Zufferey utilisera comme test empirique des
aspects quantitatifs et des aspects qualitatifs avec comme principal exemple la
littérature d`arts martiaux.
Confucianisme et modernité
Pour
réaliser une analyse complète et objective, l`auteur se doit de bien définir
les concepts utilisés tout au long de son texte. Tout d`abord il se doit
d`établir sa définition du confucianisme et il cite l`auteur Tu Wei-ming : « le
confucianisme, terme occidental qui n`a pas d`équivalent en chinois, est une
vision du monde, une éthique sociale, une idéologie politique, une tradition
lettrée, et une façon de vivre » (Zufferey, p.76). Cette vision du monde a comme
principal objectif que la société chinoise vive en harmonie. Encore une fois il
est important de bien définir le concept d`harmonie. Pour Confucius, l`harmonie
pourrait signifier l`absence de conflit dans toute les sphères de la société
comme l`harmonie avec le gouvernement, la famille et avec soi-même. Toujours
selon l`auteur, « cette harmonie présuppose la pratique du ren (« bienveillance
», « humanité ») et de la piété filiale (xiao), qui implique des devoirs
vis-à-vis des ancêtres et des parents » (Zufferey, p.78).
Après
avoir définie la pensée de Confucius, l`auteur aborde maintenant la modernité
et la définie. Il indique qu`on associe la modernité à l`Occident mais qu`il
faut comprendre que la Chine impériale vivait déjà dans une certaine modernité depuis
des siècles et que le confucianisme peut être compatible avec une forme de
modernité. La Chine est alors entrée dans la modernité malgré le confucianisme.
De plus, l`adaptation que ce courant de pensée a su avoir durant les nombreux
siècles ou plusieurs régimes différents se succédèrent et qu`il y eut
adaptation du discours dans le temps démontre sa grande souplesses et explique
sa longue survie et cela s`explique par un processus historique d`adaptation.
Même
si la tradition et les ancêtres sont importants pour la société chinoise,
plusieurs aspects du confucianisme comme : « l`accent mis sur la loyauté ou
l`ordre, l`importance attachée à l`étude ou à l`écrit, paraissent favorables à
toute entreprise de modernisation » (Zufferey, p.84) sont des qualités
importantes, positives et indéniables
pour la réussite d`une société moderne.
Cependant il est vrai que pour l`Occident, il manque à la société
chinoise quelques programmes sociaux qui assureraient la protection sociale de
la société ainsi que plusieurs droits politiques en opposition au communisme
pour pouvoir profiter pleinement de la modernité. Il faut cependant comprendre
que les valeurs profondes des asiatiques sont différentes des valeurs
occidentales et qu`ainsi, « la Chine et quelques autres pays d`Extrême-Orient
[…] représenteraient un type alternatif au modèle global de la modernité »
(Zufferey, p.85).
Valeurs asiatiques,
confucianisme et démocratie
Le
confucianisme est présent dans la vie des Chinois depuis des milliers d`années
et il semble pertinent de penser que cette doctrine ait un lien avec les
valeurs asiatiques. En effet, la réussite des entreprises s`expliquerait « par
l`organisation familiale de l`entreprise, avec des relations fondés sur la
piété filiale, la loyauté, le respect des hiérarchies et des ainés, ainsi que
par le souci de l`harmonie et l`habitude
de régler les difficultés par la négociation plutôt que par le conflit »
(Zufferey, p.86).
Pour
être pleinement dans la modernité, les occidentaux associent directement ce
thème avec la démocratie. La société chinoise, quant à elle, aurait trois courants de pensées par rapport
à la démocratie. La première expliquerait que le confucianisme n`est pas en
désaccord à la démocratie, mais qu`il n`est pas non plus en accord. La notion
de droits et de propriétés privés n`est pas la vision chinoise ; elle prône
plutôt une hiérarchie de la société et de l`État. La deuxième pensée est
beaucoup plus optimiste. Effectivement, elle voit un lien compatible entre
démocratie et confucianisme car ce dernier a comme doctrine que le peuple est
la racine et aborde des thèmes comme l`égalité et la liberté d`expression. Le
dernier courant de pensée est à l`inverse du dernier ; démocratie et doctrine
confucéenne serait complètement incompatibles. Cette pensée se base sur « la
pression du groupe sur l`individu et le respect dû à l`autorité, notamment la
piété filiale, qui s`opposent à des exigences centrales de la démocratie comme
l`égalité » (Zufferey, p.88). L`auteur termine ce chapitre en indiquant
qu`aucune conclusion n`est possible tellement le problème est complexe.
Cependant l`auteur continue en indiquant qu`un lien certes réunit les valeurs
asiatiques et la doctrine de Confucius et que le discours autoritaires
présentement en Chine favorise ce type de pensée.
Test empirique
Nicolas
Zufferey utilise la littérature d`arts martiaux, principalement en étudiant les
discours des deux auteurs célèbres Jin Yong et Lu Xun, pour démontrer que ses
romans aident de façon consciente ou non, à prôner la doctrine confucéenne et le discours autoritaire qui s`y rattachent
en idéalisant la tradition, la fidélité et la piété filiale. Du point de vue
quantitatif, la littérature d`arts martiaux en Chine connait une nouvelle popularité
depuis quelques années et cela peut expliquer que plus de volumes sont en
circulation et que ses livres parlent d`harmonie, de tradition et de respect.
Du côté qualitatif, il faut voir un certain lien entre la pensée chinoise et le
discours qu`y se retrouve dans cette littérature. Il y a effectivement une
montée du discours néo-autoritaire en Chine depuis une vingtaine d`année et la
nation est très importante et représente la valorisation du passé. L`auteur
termine se chapitre en indiquant ses réserves sur les conclusions qu`il faut en
faire. Il indique que l`étude de la littérature chinoise est loin d`expliquer
vraiment la problématique et qu`il manque des éléments importants. D`autres
points devraient être pris en compte avant de prendre véritablement position.
Il ajoute cependant que ses romans aident à la fierté nationale et à la
possible montée du nationalisme.
La doctrine confucéenne, la
culture chinoise et le concept de nation
La
culture chinoise et la doctrine confucéenne aident à la stabilité du système
politique chinois. En effet, « l`individu est appelé à s`effacer au profit de
l`harmonie et surtout de la solidarité du groupe. La pression du groupe est
telle qu`elle produit un état permanent
de conformité » (Bélanger et Lemieux, p.90).
De plus, cette conformité et l`absence de conflit facilite la tâche des
dirigeants qui ne recherchent pas vraiment le changement. Tout ses efforts des
dirigeants a pour but la socialisation politique et la représentation des
intérêts. Cela commence en Chine par la famille et le respect de la hiérarchie
et de la piété filiale. Tout est orchestré en Chine pour que l`individu se
représente sa société comme un groupe et non une multitude d`individus. Il faut
l`ordre et le respect des traditions. Il faut aussi noter que la marge de
manœuvre des acteurs est restreinte et que tout changement ou révolution est
presque impensable. Le discours des dirigeants est conforme aux valeurs
véhiculées du respect de la hiérarchie et de la nation.
Le
confucianisme a un idéal type et il s`agit de l`harmonie. Le but recherché, la
perfection absolue pour cette doctrine est d`éviter le conflit et ainsi de
vivre en harmonie. Selon eux, l`harmonie et le conflit sont deux opposés. En
effet, il faut analyser l`histoire chinoise pour s`apercevoir que la notion
d`harmonie favorise la cohésion sociale et le groupe, au détriment des libertés
individuelles.
Il
est évident que la doctrine de Confucius aide à consolider la nation chinoise.
Démontré tout au long de cette analyse, la valorisation du passé aide à la
nation à se maintenir et à former une cohésion. Le respect des ainés et de la
tradition sont en lien direct avec la nation. Il faut comprendre que la Chine
est entrée dans la modernité, mais à sa manière. Il ne faut pas penser que
l`Occident représente le seul modèle et qu`aucun autre n`est disponible. Dans
ce contexte, il est intéressant de suivre le développement économique et
culturel de la Chine dans les prochaines années.
Mikael St-Louis
Bibliographie
BÉLANGER, André-J et LEMIEUX,
Vincent. Introduction à l`analyse
politique, gaëtan morin éditeur, 1996, 326 pages.
ZUFFEREY, Nicolas. De confucius à Jin Yong, Folio essais, chapitre III, p.75-101.
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