mardi 2 juillet 2013

La condition de la femme au Moyen-âge à partir du XIIe siècle



Il est reconnu par plusieurs historiens que la période du Moyen âge commence en  476 avec la chute de l’Empire romain d’Occident et elle dure plus de mille ans et se termine en 1492 avec la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Loin d’être une période homogène, le Moyen âge a longtemps été dépeint comme une époque sombre et était représenté comme un recul des sociétés humaines. Depuis plusieurs années cependant, les historiens redéfinissent cette période de façon plus objective et mettent plus l’emphase sur le fait que cette époque, longue de mille ans, a été en réalité une continuation normale de l’évolution des sociétés humaines qui se sont regroupées et ont formé les bases de l’État nation. C’est dans ce contexte que j’analyserais et résumerais le texte La femme, l’amour et le chevalier de Georges  Duby paru en 1978 et édité en 1991 dans  les Éditions du Seuil dans l’ouvrage collectif  Amour et sexualité en Occident. Georges Duby est un historien français, né en 1919 et décédé en 1996, qui se spécialisait dans le Moyen âge. Professeur au Collège de France de 1970 à 1991, Duby est l’auteur de plus de 20 ouvrages et il est reconnu par ses pairs pour avoir renouveler les méthodes de sa discipline, principalement en utilisant la géographie en complément avec son approche historique pour rédiger ses textes. Le texte qui sera résumé porte sur différents sujets qui touchent  la condition de la femme à partir du XIIe siècle, dont le questionnement de Duby qui se demande si la place qu’occupent les femmes nobles et le rapport qu’elles entretiennent avec le mariage à cette époque comptent d’avantages que dans les siècles précédents. Le résumé présentera les grandes idées, les interrogations et les informations apportées par l’auteur, en plus de présenter les sources qu’il utilise. Le tout se terminera par une conclusion qui fera une synthèse et démontrera les liens entre le texte et le cours Histoire du Moyen âge.

Georges Duby commence son texte en indiquant que la période qu’il analysera sera celle à partir du XIIe siècle. En effet, il affirme que les historiens ont peu de sources historiques à leur disposition pour étudier la condition féminine lors de la période du haut Moyen âge, mais que les écrits démontrent une place de plus en plus importante accordée à la femme à partir du XIIe siècle. En effet, l’auteur explique que la religion catholique semble donner une place de plus en plus importante à la femme et il donne l’exemple de la représentation de la Vierge Marie dans les cathédrales : « la figure de la Vierge prend à la fois de la féminité et de l’autorité, jusqu’à s’établir  dans une stature égale à celle de Jésus et sur un trône semblable au sien dans l’iconographie des Couronnements » (Duby, 1991, p.207). La grande évolution de la perception de la femme se fait presque toujours en lien avec l’évolution des mentalités de l’institution qu’est l’Église. Après l’avoir dénigré durant de nombreuses décennies, le mariage est officiellement reconnu lors de cette période comme étant un sacrement primordial de l’Église catholique. 

Avant de poursuivre son analyse plus loin, l’écrivain Duby met en garde les lecteurs en les avertissant que la majorité des faits concernant la condition féminine à cette époque proviennent cependant d’écrit fait par des hommes, et principalement des hommes religieux. Duby poursuit en expliquant que ses hommes de foi ont des pressions externes de la part des mouvements hérétiques, qui eux ont une position radicale face à la sexualité, et qu’en même temps il est interdit pour les religieux de se marier et de vivre leur sexualité. De plus, Duby insiste pour dire que les informations qui  seront présentées sont les réalités de la femme provenant des milieux nobles et non les réalités de la femme paysanne : « De la femme qui n’appartient pas à la noblesse, nous ignorons à peu près tout. […] à propos des réalités paysannes, c’est à peine si l’on peut risquer des hypothèses » (Duby, 1991, p.208-209).  Les seules certitudes qui peuvent ressortir de la vie des femmes paysannes du Moyen âge au XIIe siècle selon l’auteur concernent le travail à la maison. En effet, il est reconnu que la plus grande qualité de la femme de cette époque aux yeux de la société était dans ses fonctions procréatives. Elle était néanmoins essentielle à la réalisation de plusieurs travaux comme de s’occuper du jardin, de nourrir les bêtes d’élevages et de s’occuper des tâches reliées à la maison.

La plupart des informations sur la condition de la femme de cette époque nous  apprennent d’avantage sur le style de vie vécue par les femmes nobles et/ou aristocratiques. Même si ce sont les hommes qui détiennent le pouvoir, la femme noble s’occupe de la maison et elle est la dirigeante des servantes et des enfants, tout en  s’occupant des réserves de nourriture de sa famille. À l’extérieur de sa maison cependant, elle n’a plus d’autorité et elle doit se couvrir les cheveux. Georges Duby continue en expliquant que la femme noble peut cependant contrôler et dicter ses décisions lorsque son mari est absent pour une longue période. En effet, « il lui arrive, dans ce cas, de s’occuper des choses militaires. […] le courage, la puissance de membrure corporelle, où le muscle a plus de prix que de grâce, comptent parmi les qualités qui font « l’honneur » des dames » (Duby, 1991, p.210). Il faut donc en comprendre qu’à cette époque, les femmes avec une physiologie robuste et costaude étaient attirantes. Les hommes recherchaient une femme qui pourrait donner la vie à plusieurs enfants en plus de travailler dans les travaux domestiques et agricoles. Les enfants étaient aussi part importante dans la famille. Duby explique que la supériorité des nobles se basait sur le principe de transmission de père en fils et que des efforts considérables étaient investis pour s’assurer que le lignage continu et que les familles aristocratiques gardent le pouvoir et la puissance. Pour ce faire, toutes les filles d’une famille devaient être mariées à des hommes d’une autre famille « nanties d’une dot formée généralement de biens meubles, elles renoncent à toute prétention sur l’ensemble solide de terres et de droits d’où la maison dont elles sortent tire sa vigueur » (Duby, 1991, p.210-211). Pour ce qui est des garçons, la coutume veut qu’un seul garçon d’une même famille se marie, de cette façon, la fortune et la richesse de la famille ne se divise pas et elle garde sa place dans la hiérarchie.

 L’écrivain George Duby présente un texte écrit par un prêtre à la fin du XIIe siècle qui décrit le château du seigneur d’Ardres. Son œuvre a comme titre Histoire des comptes de Guines et il est utile dans le sens où il décrit la représentation spatiale du château et où la place dominante est le centre : « La maison, cependant, est bâtie pour n’abriter qu’un seul couple procréateur. Au centre une chambre, un lit – ce lit conjugal où se forge l’avenir de la lignée, et dont la place est également centrale dans le rituel de noce ; c’est vers lui que le cortège conduit l’épousée » (Duby, 1991, p.211). 

L’auteur continu son texte en démontrant que les nombreux jeunes hommes condamnés au célibat à cause de la stratégie matrimoniale des lignages ont tout de même des pulsions sexuelles auxquelles ils veulent se libérer et cela cause de nombreux problèmes. En effet, Duby explique ce problème en affirmant qu’ : « ils violent au passage les roturières, dilapident avec les prostituées, fort nombreuses, […] ou bien recourent à la complaisance des servantes que tout seigneur soucieux de sa réputation met à la disposition des hôtes de passage » (Duby, 1991, p.212-213).  Ce passage est très intéressant et permet d’apprendre qu’il y avait un nombre considérable de femmes qui se prostituaient pour subvenir à leur besoin et que les servantes étaient soumis entièrement aux seigneurs où elles pouvaient être considérées comme des esclaves sexuelles. Rien de très positif pour la condition de la femme. Cependant, il est souligné que les jeunes hommes chevaliers qui souhaitent quand même se marier pouvaient utiliser la séduction et la courtoisie et espérer conquérir, contre la volonté de la parenté,  le cœur d’une jeune femme et ainsi acquérir son autonomie et du pouvoir.

En ce qui concerne la classification de la femme à cette époque, George Duby cite l’évêque Gilbert de Limerick et explique que les femmes sont classées dans les mêmes catégories que les hommes, soit prêtres, chevaliers ou paysans. Cela démontre bien la place de la femme dominée au XIIe siècle : « je ne dis pas que la fonction de la femme soit de prier, labourer ou combattre : elles sont les épouses de ceux qui prient, de ceux qui combattent, de ceux qui travaillent, et elles les servent » (Duby, 1991, p.213). Il est primordial de revenir sur le concept de « servir », car il explique bien la situation de servitude de la femme. Selon Duby, il s’agit de « soumission totale ». Cette soumission commence dès que les jeunes filles nobles sont en mesure d’être éduquées. En effet, les jeunes filles apprennent à broder, à chanter, à danser et quelques fois à lire  dans le but unique de combler les besoins de son mari en le servant et en étant soumisse. Dès qu’elles ont 14 ans, la convention sociale veut que les filles deviennent des femmes adultes et elles se marient avec l’homme que ses parents se sont entendus pour un mariage arrangé. La femme devient dès alors propriété de son nouveau maitre et elle lui doit une soumission totale. 

Duby continue en analysant la femme noble dans ses rapports de domination une fois qu’elle est mariée. Le mariage, autant pour les hommes que les femmes, est vu par les laïcs et les religieux comme un sacrement qui désamorce les pulsions destructives. Le mariage est effectivement perçu comme une « convenances (qui) restreignent le dévergondage sexuel des mâles aux périodes de leur « jeunesse » ou de leur veuvage » (Duby, 1991, p.214). En ce qui concerne les femmes, elles font peurs et elles sont perçues par la croyance populaire comme étant de natures perverses, voire reptiliennes. Selon les hommes de l’époque, la seule action qui puisse sauver la femme est « le mariage. Par lui s’évacue la concupiscence. Il désarme momentanément la femme en la rendant mère » (Duby, 1991, p.215).

Le mariage pour la femme noble signifie aussi qu’elle devient épouse et mère. Cette fonction procréatrice est perçue par Duby comme étant la seule qui lui est positive, même si cela peut signifier une grossesse par année. De plus, ce rôle de mère lui donne pouvoir et domination sur ses enfants, ses servantes et ses nourrices dans son foyer.  Il arrive aussi que des femmes de seigneur deviennent veuves et qu’elles « domine au moins ses jeunes enfants. On la voit parfois, survivant aux maternités, veuve et douairière, gouverner, triomphante, la seigneurie au nom de ses fils mineurs » (Duby, 1991, p.216). 

L’auteur George Duby termine son analyse en faisant un constat réaliste de la place qu’occupe la femme noble dans la société du Moyen âge au XIIe siècle. Il affirme qu’elle est dominée par l’homme et que cela ne peut être contesté, car appuyé par Dieu qui en fait un ordre naturel dans le monde terrestre. Il ajoute néanmoins qu’il existe souvent un réel amour qui ressort de ses mariages. Même si l’Église croit fermement au fait de nature que l’homme doit dominer la femme, elle tient aussi un discours qui entend qu’un  mariage réussi est synonyme de consentement mutuel et prône une certaine égalité dans le couple. 


En conclusion, il apparait que le rôle de la femme noble au XIIe siècle résidait principalement dans ses fonctions procréatrices. Dominées par les hommes et la religion chrétienne, elles étaient néanmoins nécessaires dans l’accomplissement des travaux familiaux et domestiques. Elles étaient écrasées par le système féodal, mais le rôle social de la femme était essentiel au bon fonctionnement de cette société. Comme nous l’avons mentionné en début d’analyse, la presque totalité des informations présentent le portrait de la femme aristocratique et/ou noble car les historiens ne connaissent pratiquement rien sur la vie de la femme paysanne de cette époque. La présentation que fait Duby de la femme noble est définitivement en lien avec la réalité que nous avons appris dans le cours d’Histoire du Moyen âge. En effet, le Moyen âge n’est pas une période aussi sombre que la croyance populaire veut le croire. Cependant, l’instauration et les débuts de  l’État nation en France, l’omniprésence de la religion et l’organisation sociétale avec le système féodal auront tous été des éléments qui auront contribué à imposer une hiérarchie de la domination et où la femme était presque toujours au bas de la pyramide. Finalement, l’histoire nous apprend que le rôle de la femme a évolué dans les décennies suivantes, mais que le combat des femmes est toujours historique. En effet, les femmes se sont fait interdire officiellement d’occuper une fonction de l’État au début de la Renaissance au XVIe siècle en France. Même dans nos sociétés modernes, la place de la femme n’est pas toujours égale à celui de l’homme. Au Québec par exemple, le droit de vote aux femmes du Québec a  été accordé tard au XXe siècle, soit en 1940.










Bibliographie

DUBY, G. (1991). « La femme, l’amour et le chevalier », dans Amour et sexualité en Occident, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », p. 207-217

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