Il est
reconnu par plusieurs historiens que la période du Moyen âge commence en 476 avec la chute de l’Empire romain
d’Occident et elle dure plus de mille ans et se termine en 1492 avec la
découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Loin d’être une période
homogène, le Moyen âge a longtemps été dépeint comme une époque sombre et était
représenté comme un recul des sociétés humaines. Depuis plusieurs années
cependant, les historiens redéfinissent cette période de façon plus objective
et mettent plus l’emphase sur le fait que cette époque, longue de mille ans, a
été en réalité une continuation normale de l’évolution des sociétés humaines
qui se sont regroupées et ont formé les bases de l’État nation. C’est dans ce
contexte que j’analyserais et résumerais le texte La femme, l’amour et le chevalier de Georges Duby paru en 1978 et édité en 1991 dans les Éditions du Seuil dans l’ouvrage
collectif Amour et sexualité en Occident. Georges
Duby est un historien français, né en 1919 et décédé en 1996, qui se
spécialisait dans le Moyen âge. Professeur au Collège de France de 1970 à 1991,
Duby est l’auteur de plus de 20 ouvrages et il est reconnu par ses pairs pour
avoir renouveler les méthodes de sa discipline, principalement en utilisant la
géographie en complément avec son approche historique pour rédiger ses textes.
Le texte qui sera résumé porte sur différents sujets qui touchent la condition de la femme à partir du XIIe
siècle, dont le questionnement de Duby qui se demande si la place qu’occupent
les femmes nobles et le rapport qu’elles entretiennent avec le mariage à cette
époque comptent d’avantages que dans les siècles précédents. Le résumé
présentera les grandes idées, les interrogations et les informations apportées
par l’auteur, en plus de présenter les sources qu’il utilise. Le tout se
terminera par une conclusion qui fera une synthèse et démontrera les liens
entre le texte et le cours Histoire du Moyen âge.
Georges
Duby commence son texte en indiquant que la période qu’il analysera sera celle
à partir du XIIe siècle. En effet, il affirme que les historiens ont
peu de sources historiques à leur disposition pour étudier la condition
féminine lors de la période du haut Moyen âge, mais que les écrits démontrent
une place de plus en plus importante accordée à la femme à partir du XIIe siècle.
En effet, l’auteur explique que la religion catholique semble donner une place
de plus en plus importante à la femme et il donne l’exemple de la
représentation de la Vierge Marie dans les cathédrales : « la
figure de la Vierge prend à la fois de la féminité et de l’autorité, jusqu’à
s’établir dans une stature égale à celle
de Jésus et sur un trône semblable au sien dans l’iconographie des
Couronnements » (Duby, 1991, p.207). La grande évolution de la perception de
la femme se fait presque toujours en lien avec l’évolution des mentalités de
l’institution qu’est l’Église. Après l’avoir dénigré durant de nombreuses
décennies, le mariage est officiellement reconnu lors de cette période comme
étant un sacrement primordial de l’Église catholique.
Avant
de poursuivre son analyse plus loin, l’écrivain Duby met en garde les lecteurs
en les avertissant que la majorité des faits concernant la condition féminine à
cette époque proviennent cependant d’écrit fait par des hommes, et
principalement des hommes religieux. Duby poursuit en expliquant que ses hommes
de foi ont des pressions externes de la part des mouvements hérétiques, qui eux
ont une position radicale face à la sexualité, et qu’en même temps il est
interdit pour les religieux de se marier et de vivre leur sexualité. De plus,
Duby insiste pour dire que les informations qui
seront présentées sont les réalités de la femme provenant des milieux
nobles et non les réalités de la femme paysanne : « De la femme qui
n’appartient pas à la noblesse, nous ignorons à peu près tout. […] à propos des
réalités paysannes, c’est à peine si l’on peut risquer des hypothèses »
(Duby, 1991, p.208-209). Les seules
certitudes qui peuvent ressortir de la vie des femmes paysannes du Moyen âge au
XIIe siècle selon l’auteur concernent le travail à la maison. En
effet, il est reconnu que la plus grande qualité de la femme de cette époque
aux yeux de la société était dans ses fonctions procréatives. Elle était
néanmoins essentielle à la réalisation de plusieurs travaux comme de s’occuper
du jardin, de nourrir les bêtes d’élevages et de s’occuper des tâches reliées à
la maison.
La
plupart des informations sur la condition de la femme de cette époque nous apprennent d’avantage sur le style de vie
vécue par les femmes nobles et/ou aristocratiques. Même si ce sont les hommes
qui détiennent le pouvoir, la femme noble s’occupe de la maison et elle est la
dirigeante des servantes et des enfants, tout en s’occupant des réserves de nourriture de sa
famille. À l’extérieur de sa maison cependant, elle n’a plus d’autorité et elle
doit se couvrir les cheveux. Georges Duby continue en expliquant que la femme
noble peut cependant contrôler et dicter ses décisions lorsque son mari est
absent pour une longue période. En effet, « il lui arrive, dans ce cas, de
s’occuper des choses militaires. […] le courage, la puissance de membrure
corporelle, où le muscle a plus de prix que de grâce, comptent parmi les
qualités qui font « l’honneur » des dames » (Duby, 1991, p.210).
Il faut donc en comprendre qu’à cette époque, les femmes avec une physiologie
robuste et costaude étaient attirantes. Les hommes recherchaient une femme qui
pourrait donner la vie à plusieurs enfants en plus de travailler dans les
travaux domestiques et agricoles. Les enfants étaient aussi part importante
dans la famille. Duby explique que la supériorité des nobles se basait sur le
principe de transmission de père en fils et que des efforts considérables
étaient investis pour s’assurer que le lignage continu et que les familles
aristocratiques gardent le pouvoir et la puissance. Pour ce faire, toutes les
filles d’une famille devaient être mariées à des hommes d’une autre famille
« nanties d’une dot formée généralement de biens meubles, elles renoncent
à toute prétention sur l’ensemble solide de terres et de droits d’où la maison
dont elles sortent tire sa vigueur » (Duby, 1991, p.210-211). Pour ce qui
est des garçons, la coutume veut qu’un seul garçon d’une même famille se marie,
de cette façon, la fortune et la richesse de la famille ne se divise pas et
elle garde sa place dans la hiérarchie.
L’écrivain George Duby présente un texte écrit
par un prêtre à la fin du XIIe siècle qui décrit le château du
seigneur d’Ardres. Son œuvre a comme titre Histoire
des comptes de Guines et il est utile dans le sens où il décrit la
représentation spatiale du château et où la place dominante est le
centre : « La maison, cependant, est bâtie pour n’abriter qu’un
seul couple procréateur. Au centre une chambre, un lit – ce lit conjugal où se forge
l’avenir de la lignée, et dont la place est également centrale dans le rituel
de noce ; c’est vers lui que le cortège conduit l’épousée » (Duby, 1991,
p.211).
L’auteur
continu son texte en démontrant que les nombreux jeunes hommes condamnés au
célibat à cause de la stratégie matrimoniale des lignages ont tout de même des
pulsions sexuelles auxquelles ils veulent se libérer et cela cause de nombreux
problèmes. En effet, Duby explique ce problème en affirmant
qu’ : « ils violent au passage les roturières, dilapident avec
les prostituées, fort nombreuses, […] ou bien recourent à la complaisance des
servantes que tout seigneur soucieux de sa réputation met à la disposition des
hôtes de passage » (Duby, 1991, p.212-213). Ce passage est très intéressant et permet
d’apprendre qu’il y avait un nombre considérable de femmes qui se prostituaient
pour subvenir à leur besoin et que les servantes étaient soumis entièrement aux
seigneurs où elles pouvaient être considérées comme des esclaves sexuelles.
Rien de très positif pour la condition de la femme. Cependant, il est souligné
que les jeunes hommes chevaliers qui souhaitent quand même se marier pouvaient
utiliser la séduction et la courtoisie et espérer conquérir, contre la volonté
de la parenté, le cœur d’une jeune femme
et ainsi acquérir son autonomie et du pouvoir.
En ce
qui concerne la classification de la femme à cette époque, George Duby cite
l’évêque Gilbert de Limerick et explique que les femmes sont classées dans les
mêmes catégories que les hommes, soit prêtres, chevaliers ou paysans. Cela
démontre bien la place de la femme dominée au XIIe siècle :
« je ne dis pas que la fonction de la femme soit de prier, labourer ou
combattre : elles sont les épouses de ceux qui prient, de ceux qui
combattent, de ceux qui travaillent, et elles les servent » (Duby, 1991,
p.213). Il est primordial de revenir sur le concept de « servir »,
car il explique bien la situation de servitude de la femme. Selon Duby, il
s’agit de « soumission totale ». Cette soumission commence dès que
les jeunes filles nobles sont en mesure d’être éduquées. En effet, les jeunes
filles apprennent à broder, à chanter, à danser et quelques fois à lire dans le but unique de combler les besoins de
son mari en le servant et en étant soumisse. Dès qu’elles ont 14 ans, la
convention sociale veut que les filles deviennent des femmes adultes et elles
se marient avec l’homme que ses parents se sont entendus pour un mariage
arrangé. La femme devient dès alors propriété de son nouveau maitre et elle lui
doit une soumission totale.
Duby
continue en analysant la femme noble dans ses rapports de domination une fois
qu’elle est mariée. Le mariage, autant pour les hommes que les femmes, est vu
par les laïcs et les religieux comme un sacrement qui désamorce les pulsions
destructives. Le mariage est effectivement perçu comme une « convenances
(qui) restreignent le dévergondage sexuel des mâles aux périodes de leur
« jeunesse » ou de leur veuvage » (Duby, 1991, p.214). En ce qui
concerne les femmes, elles font peurs et elles sont perçues par la croyance
populaire comme étant de natures perverses, voire reptiliennes. Selon les
hommes de l’époque, la seule action qui puisse sauver la femme est « le
mariage. Par lui s’évacue la concupiscence. Il désarme momentanément la femme
en la rendant mère » (Duby, 1991, p.215).
Le
mariage pour la femme noble signifie aussi qu’elle devient épouse et mère.
Cette fonction procréatrice est perçue par Duby comme étant la seule qui lui
est positive, même si cela peut signifier une grossesse par année. De plus, ce
rôle de mère lui donne pouvoir et domination sur ses enfants, ses servantes et
ses nourrices dans son foyer. Il arrive
aussi que des femmes de seigneur deviennent veuves et qu’elles « domine au
moins ses jeunes enfants. On la voit parfois, survivant aux maternités, veuve
et douairière, gouverner, triomphante, la seigneurie au nom de ses fils
mineurs » (Duby, 1991, p.216).
L’auteur
George Duby termine son analyse en faisant un constat réaliste de la place
qu’occupe la femme noble dans la société du Moyen âge au XIIe siècle.
Il affirme qu’elle est dominée par l’homme et que cela ne peut être contesté,
car appuyé par Dieu qui en fait un ordre naturel dans le monde terrestre. Il
ajoute néanmoins qu’il existe souvent un réel amour qui ressort de ses
mariages. Même si l’Église croit fermement au fait de nature que l’homme doit
dominer la femme, elle tient aussi un discours qui entend qu’un mariage réussi est synonyme de consentement
mutuel et prône une certaine égalité dans le couple.
En
conclusion, il apparait que le rôle de la femme noble au XIIe siècle
résidait principalement dans ses fonctions procréatrices. Dominées par les
hommes et la religion chrétienne, elles étaient néanmoins nécessaires dans
l’accomplissement des travaux familiaux et domestiques. Elles étaient écrasées
par le système féodal, mais le rôle social de la femme était essentiel au bon
fonctionnement de cette société. Comme nous l’avons mentionné en début
d’analyse, la presque totalité des informations présentent le portrait de la
femme aristocratique et/ou noble car les historiens ne connaissent pratiquement
rien sur la vie de la femme paysanne de cette époque. La présentation que fait
Duby de la femme noble est définitivement en lien avec la réalité que nous
avons appris dans le cours d’Histoire du Moyen âge. En effet, le Moyen âge
n’est pas une période aussi sombre que la croyance populaire veut le croire.
Cependant, l’instauration et les débuts de
l’État nation en France, l’omniprésence de la religion et l’organisation
sociétale avec le système féodal auront tous été des éléments qui auront
contribué à imposer une hiérarchie de la domination et où la femme était
presque toujours au bas de la pyramide. Finalement, l’histoire nous apprend que
le rôle de la femme a évolué dans les décennies suivantes, mais que le combat
des femmes est toujours historique. En effet, les femmes se sont fait interdire
officiellement d’occuper une fonction de l’État au début de la Renaissance au
XVIe siècle en France. Même dans nos sociétés modernes, la place de
la femme n’est pas toujours égale à celui de l’homme. Au Québec par exemple, le
droit de vote aux femmes du Québec a été
accordé tard au XXe siècle, soit en 1940.
DUBY,
G. (1991). « La femme, l’amour et le chevalier », dans Amour et sexualité en Occident, Paris,
Seuil, coll. « Points Histoire », p. 207-217
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