lundi 10 juin 2013

L’instabilité politique actuelle au Honduras

Les oligarques et les dictateurs : toujours en puissance


L’histoire de l’Amérique latine est très riche en évènements politiques, positifs ou négatifs, et il faut comprendre que la démocratie est très jeune dans cette partie du monde et encore très fragile dans plusieurs pays latins. En effet, la démocratie est présente dans presque tous les pays de l’Amérique latine, mais le souvenir des nombreuses dictatures politiques et militaires et de l’instabilité politique demeure encore frais dans la mémoire collective des peuples en question. Continent riche en ressources naturelles, l’oligarchie a longtemps contrôlé les richesses disponibles et elle demeure encore bien présente dans le rapport de force et de pouvoir décisionnel dans plusieurs pays. C’est dans cette optique que je présenterais la situation actuelle au Honduras où l’oligarchie est très présente et cela résulte en une situation d’instabilité politique, sociale et économique qui touche la grande majorité de ses habitants. Il y aura une présentation du pays le Honduras, de Manuel Zelaya qui était le président de ce pays, de ses politiques progressistes, du coup d’État qu’il a subi en 2009, de la résistance paysanne et de la situation actuelle qui prévaut au Honduras. Il y a aussi un résumé d’un article Bras de fer au Honduras, qui a été écrit en juin 2011 par le journaliste Maurice Lemoine pour le mensuel français Le Monde diplomatique qui analyse la situation conflictuelle de ce pays.


Le Honduras
Le Honduras est un pays de l’Amérique latine qui est situé en Amérique centrale. Cette République parlementaire, qui a obtenu son indépendance de l’Espagne en 1821, peut compter sur près de 8 millions d’habitants et la langue officielle est l’espagnol et la religion officielle est le catholique. Comme la presque totalité des pays d’Amérique, les premiers habitants de ce pays étaient des Autochtones, principalement des Mayas, avant que Christophe Colomb, arrivés en 1502, ne prennent possession du territoire au nom du roi espagnol. La population est donc composée aujourd’hui à 90 % de Métis, 7 % d’Autochtones, 2 % de Noirs et 1 % de Blancs. Selon l’Organisation des Nations Unies, la population hondurienne vit dans la pauvreté dans une proportion de plus de 75 %, situation qui est assez dramatique. Récemment, ce pays a connu de nombreux bouleversements de leur système politique. En effet, la population du Honduras a vécu sous différentes dictatures militaires de 1972 à 1983, pour ensuite retrouver la vie démocratique de 1983 à 2009. Le 28 juin 2009, le président progressiste Manuel Zelaya est victime d’un coup d’État et il est arrêté, puis expulsé de son pays par l’armée hondurienne qui est complice de l’oligarchie dans cette tentative politique. Un gouvernement provisoire est mis en place, puis des élections, jugées invalides et boycottées par le gouvernement sortant, sont organisées à la fin de 2009 qui confirment l’élection d’un nouveau président Porfirio Lobo Sosa. Le Honduras a donc une expérience de vie démocratique, mais ce contexte est encore très fragile après 10 ans de dictature militaire dans les années 1970 et après un coup d’État en 2009. La situation actuelle est toujours « explosive ».


Manuel Zelaya
José Manuel Zelaya Rosales est née en 1952 et il est un homme d’État hondurien. Fils d’un riche propriétaire terrien, il étudia en ingénierie civile pour devenir président d’un syndicat patronal en 1987. Politicien professionnel, il débute comme député en 1987 pour un parti d’opposition de droite, le Parti national. Réélu en 1989 et en 1993, son idéologie politique évolue et il s’approche de plus en plus des idées progressistes et centristes du Parti libéral. Il est nommé ministre du Fond hondurien d’investissement social en 1998 pour le Parti libéral et il décide un an plus tard de quitter ses fonctions pour se consacrer au primaire de son propre parti. Il ne remporte pas la présidence de son parti aux dépens de son collègue. Le Parti libéral perd aussi les élections nationales au profit du Parti national de droite, qui lui reprend le pouvoir. En 2005, Zelaya est nommé par son parti pour les représenter à l’élection présidentielle. Sa campagne électorale est principalement basée sur trois promesses ; le renforcement de la sécurité à l’intérieur du pays, une lutte globale contre le crime organisé et la corruption au sein du gouvernement et l’amélioration des mesures sociales avec notamment l’instauration de la gratuité scolaire, la lutte au chômage et à la pauvreté. Zelaya remporta l’élection présidentielle de 2005, et malgré la contestation du Parti national de Porfirio Lobo Sosa, Zelaya est élu Président d’un gouvernement minoritaire de la République du Honduras.


Les politiques de Zelaya durant son mandat
Dès le début de son mandat, Zelaya signe de nombreux traités de libre-échange avec des pays avoisinants. Cependant, des mouvements de contestations s’organisent et Zelaya change son discours et dénonce à l’ONU le libre-échange qu’il juge comme une politique économique impitoyable. Malgré ce discours, il signe par la suite des accords supplémentaires avec la Taiwan, le Panama et la Colombie.

Il fit un virage social important lors de la deuxième partie de son mandat. En effet, il veut réduire considérablement la pauvreté dans son pays et pour réaliser cette promesse électorale, il augmenta de façon importante le salaire minimum et il lance un programme qui va permettre à plus d’un million de jeunes honduriens d’utiliser des ordinateurs dans les institutions scolaires. Il vota aussi une loi sur la protection de la forêt, mesure très populaire et contraire à ses origines de propriétaires terriens.

Sur le plan des relations internationales, le premier geste d’envergure qu’il fit est de se rendre à Cuba pour s’excuser à ce peuple au nom du Honduras d’avoir servi de base américaine lorsque Fidel Castro et les révolutionnaires cubains attaquèrent le gouvernement de Batista. Il ouvre d’ailleurs une ambassade à Cuba pour démontrer les bonnes relations entre les deux pays. En juillet 2007 il rejoint l’Alternative bolivarienne pour les Amériques, qui est une organisation économique fondée par Hugo Chavez et le Venezuela.

L’oligarchie et la bourgeoisie hondurienne se tournent vers les États-Unis pour calmer Zelaya et ses mesures progressistes en effectuant des sanctions économiques. Régissant aux tentatives de la bourgeoisie, Zelaya critiqua vivement l’ingérence politique des États-Unis sur son pays et sur celui du Venezuela en plus de faire la démonstration de la « cruauté » du capitalisme. Manuel Zelaya, le jour du coup d’État qui l’a chassé du pouvoir, accorde une entrevue ou il avoue ne plus croire aux politiques néolibérales et qu’il doit continuer ses politiques sociales : « j’ai pensé faire les changements à l’intérieur du schéma néolibéral. Mais les riches ne cèdent pas un penny. Les riches ne veulent rien céder de leur argent. Ils veulent tout garder pour eux. Alors, logiquement, pour faire des changements il faut incorporer le peuple. » (1)


Le coup d’État de 2009
Le 28 juin 2009 à 5 heures du matin, le président hondurien Manuel Zelaya est arrêté chez lui par des militaires et immédiatement expulsé vers le Costa-Rica. La Cour suprême du pays reconnaît le coup d’État et destitue Zelaya et nomme Roberto Micheletti Président de la République par intérim. Micheletti est un de ses adversaires politiques du Parti libéral national. La grande majorité des chefs d’États en Amérique, autant Obama, Morales que Chavez, condamnèrent à l’unanimité ce coup d’État. Aucun État ne reconnut le gouvernement par intérim et Manuel Zelaya a continué à représenter le Honduras dans les instances internationales comme l’ONU et l’OEA jusqu’à la fin de son mandat. Même si Zelaya ne pouvait plus contrôler ou influencer la politique intérieure de son pays, il exerce néanmoins ses fonctions de politiques extérieures, notamment en continuant de nommer les ambassadeurs honduriens qui lui sont fidèle politiquement.

La raison pourquoi les militaires, en lien avec l’opposition, la Cour suprême et les médias, ont réalisé un coup d’État est directement lié avec la volonté de Zelaya de rendre encore plus démocratique les instances de ce pays. Manuel Zelaya est arrêté et expulsé du pays le jour même où il organisait un référendum à caractère non contraignant et qu’il demandait aux Honduriens s’ils souhaitaient mettre en place une assemblée nationale constituante après la tenue des élections du 29 novembre 2009. La question était : « Êtes-vous d’accord qu’aux prochaines élections générales de 2009, une 4e urne soit installée pour permettre au peuple de se prononcer sur la convocation d’une assemblée nationale constituante ? » (2). Pour bien comprendre la situation au Honduras, il y a des élections à date fixe et la population doit habituellement voter trois fois : une pour la présidence, une pour les députés et une pour la mairie.

Même si la proposition de consulter directement la population sur un changement constitutionnel aurait été une avancée démocratique historique pour le peuple hondurien, Manuel Zelaya se heurte à la Cour suprême et à l’armée. Effectivement, la haute instance de justice a refusé au Président de tenir cette consultation et l’armée a clairement refusé d’organiser et d’assurer le bon fonctionnement et déroulement du référendum. Le Honduras étant une république présidentielle, Zelaya est donc le commandant en chef de l’armée et il perçoit ce refus de l’armée comme un acte de subordination. Il congédia immédiatement le général de l’armée, mais la Cour suprême exigea le retour du militaire à son poste prestigieux. Zelaya fut par contre victime d’une tentative d’assassinat et il avoua être en vie à cause des informations que Washington lui a fournies.
Les raisons sur lesquelles les putschistes se sont basés pour se donner une légitimité sont que Zelaya violait la Constitution en organisant un scrutin illégal. Ils ont accusé Zelaya d’être un dictateur qui ne pensait qu’à accroître son pouvoir personnel en voulant se donner un second mandat présidentiel. Zelaya avait cependant affirmé qu’il tiendrait cette constituante dans les règles de la présente Constitution et seulement s’il obtenait un appui important de la population. De plus, le mandat présidentiel au Honduras est d’une durée de 4 ans et est non-renouvelable, donc Zelaya promettait de quitter ses fonctions à la fin de son mandat en 2010.

Les médias, contrôlés par les grandes familles oligarques du Honduras, ont joué un rôle important dans ce coup d’État. En effet, « l’écrasante majorité des médias a déclaré, en contradiction totale avec la vérité, que les militaires réagissaient à sa volonté de modifier la Constitution afin de rester au pouvoir. De nombreux médias ajoutaient qu’il suivait en cela l’exemple d’Hugo Chavez, présenté comme un dirigeant populiste autoritaire » (2).

Quatre mois après le coup d’État où le président hondurien était forcé d’être hors pays, un accord survient entre le Président par intérim en vue d’un retour progressif de Manuel Zelaya au Honduras. Ce dernier décide de repousser son retour, jugeant que les conditions propices à son retour ne sont pas réunies et que sa vie serait en danger. De plus, « alors que les mouvements populaires d’opposition aux putschistes ont multiplié grèves et manifestations en juillet, en août et septembre, les grands médias y ont à peine consacré quelques lignes. Les rares fois où les grands quotidiens consacrent un article de fond à la situation au Honduras, ils pratiquent une politique de dénigrement du président constitutionnel quand ils ne présentent pas carrément l’action des militaires sous la forme d’un coup militaire démocratique » (3).


La situation actuelle
Dans les premiers mois suivant la destitution de Zelaya, la plupart des médias étrangers occidentaux prenaient clairement parti pour les putschistes en légitimant le coup d’État. Cependant, l’augmentation constante de la répression sur la population hondurienne aura obligé ses médias à modérer leur propagande et même à devenir critique du nouveau gouvernement. Le gouvernement par intérim organise donc des élections qui sont boycottées par l’opposition et par une grande partie de la population qui soutient toujours Manuel Zelaya. Malgré cela, l’adversaire Porfirio Lobo Sosa est élu en novembre 2009 et il gouverne encore aujourd’hui le Honduras d’une main de fer.

Une entente est survenue dernièrement entre le gouvernement et les partisans de Zelaya, en grande partie à cause du soutien massif de la population et de la pression populaire, qui autorise son retour au Honduras en plus de laisser tomber les « accusations » de corruption qui pèsent sur lui et de lui laisser le droit de participer à des activités politiques.

Le 28 mai 2011 est la date du retour de Zelaya au Honduras où l’attendaient des dizaines de milliers de partisans vêtus de rouge. La résistance hondurienne, qui a continué à se battre durant l’absence de leur président pour l’obtention de l’assemblée constituante, aura finalement pu savourer cette victoire. En effet, malgré la propagande médiatique, les assassinats politiques et la terreur généralisée, la résistance hondurienne n’aura pas plié devant ce coup d’État soutenu par les oligarques et les militaires.

En février 2012, devant la pression populaire de plus en plus insoutenable pour le Président Porfirio Lobo Sosa, ce dernier a adopté une réforme de la Constitution permettant à la population de faire des référendums sur des questions constitutionnelles, exactement ce que Zelaya souhaitait faire dans son mandat. L’ironie dans cette histoire est que Manuel Zelaya ne comptait pas profiter de la nouvelle Constitution pour briguer un deuxième mandat, mais la réforme pourrait lui permettre de se présenter pour un second mandat et il compte déjà sur l’appui populaire de la population, ce qui lui assurerait d’avoir d’excellentes chances d’être réélu.

Les prochaines élections sont prévues pour la fin de 2013 et Zelaya n’est toujours pas assuré de pouvoir se présenter à la présidentielle, car la réforme promise par le gouvernement en place n’est toujours pas mise en application. Manuel Zelaya a laissé entrevoir que si jamais il ne pouvait se présenter à l’élection, sa femme, qui a obtenu une crédibilité importante au sein de la résistance hondurienne, envisagerait de briguer le suffrage.


-Deuxième partie :

Résumé de lecture de Bras de fer au Honduras
Le texte dont j’ai décidé de résumer a comme titre Bras de fer au Honduras et son auteur est Maurice Lemoine. Lemoine est un journaliste français et il est l’auteur du livre Cinq Cubains à Miami paru à l’édition Don Quichotte. Son article, Bras de fer au Honduras, a été écrit en juin 2011 pour le mensuel français Le Monde diplomatique.

Maurice Lemoine commence son texte en introduisant son sujet. Il explique que le Honduras, qui est dirigé depuis le coup d’État de 2009 par Porfirio Lobo, tente de réintégrer l’OEA (Organisation des États américains) en profitant du rapprochement diplomatique des pays de la Colombie et du Vénézuela. Ce texte démontre comment la résistance hondurienne a fait accepter à Lobo une de ses quatre revendications qui consiste au rapatriement et au retour de l’ex-président du pays Manuel Zelaya. La revendication a oui été acceptée, ce qui sera démontré dans ce résumé de lecture, mais au prix de plusieurs vies humaines et d’une longue lutte de la résistance.

Pour bien comprendre la situation actuelle de ce pays, l’auteur Maurice Lemoine commence son analyse en expliquant quelques faits historiques. Il explique qu’en 1962, l’État, via le gouvernement réformiste du général Arellano, adopte la loi de la réforme agraire. Celle-ci colonise l’Aguán, en plus d’avoir le soutien financier des banques internationales. Ce soutient lui permet de construire des routes, des ponts, des systèmes de drainage, des écoles et des centres de santé. L’oligarchie de ce pays a vivement réagi, car ses colonies paysannes qui se sont constituées en coopératives sont devenues une des régions les plus productives de ce pays.

En 1992, trente ans après l’adoption de cette loi, le gouvernement de Callejas cède sous la pression oligarchique du pays et créer la loi de modernisation et de développement du secteur agricole. Cela aura comme principale conséquence la concentration de la propriété de la terre dans les mains de quelques propriétaires. Bref, avec la violence et les meurtres comme terrain de négociation, ce sont 29 coopératives qui deviendront la propriété de trois grands propriétaires : Morales, Canales et Facussé.

L’écrivain continue son analyse en affirmant que le pays connaît de grands creux jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Manuel Zelaya en 2006. Ce dernier décide de prendre ses distances avec l’oligarchie et débute un mouvement social, en redonnant les terres aux paysans, lorsque ces derniers les occupent depuis trois ans au plus. Pour calmer l’opposition et les oligarques, il promet aussi que les grands propriétaires recevront une compensation financière en échange. Cependant, cela ne satisfait aucunement les groupes de pouvoirs économiques. Ils organisent donc un coup d’État en 2009, avec l’aide de la Fédération nationale des agriculteurs et éleveurs du Honduras et des deux formations traditionnelles qui sont contrôlées par l’oligarchie, le PL et le Parti national et cela aura comme conséquence de renverser le président Zelaya en 2009. Ce dernier est alors obligé de fuir vers le Costa Rica. Le nouveau gouvernement n’est cependant pas reconnu par la communauté internationale et Zelaya, même écarté du pouvoir, continue à représenter son pays devant les instances internationales, même s’il n’a plus aucun réel pouvoir.

Celui qui prend le pouvoir en 2009, suite au coup d’État, le fait par voie d’élection illégitime organisée par le gouvernement provisoire. Il se nomme Porfirio Lobo et commence le grand changement du pays. L’écrivain continu son analyse en ajoutant que ces changements seront d’ordre majeur : annulation de la loi qui dotait la terre aux paysans, suspension du salaire minimum, destitution des statuts des enseignants, privatisation de l’économie, mise à l’encan des ressources vitales comme l’eau. De plus, tous les juges qui tentent de prouver que l’extradition obligatoire du président Zelaya était illégale sont automatiquement destitués de leur fonction.

L’auteur Lemoine progresse en expliquant que six mois après le coup d’État, la résistance paysanne s’organise dans le Mouvement des paysans unis de l’Aguán et regroupe plus de 2500 familles. Ce mouvement réussit à récupérer, par divers moyens, environ 25 000 hectares de terre en palme africaine. Cela n’en prend pas plus pour que l’oligarque Facussé déclare la guerre en menaçant la vie de plusieurs paysans ou simplement en les tuant. En effet, Marcel Lemoine apporte comme statistique officielle que le conflit a coûté la vie à au moins 28 paysans et 2 journalistes de janvier 2010 à mai 2011. Les journalistes qui ont trouvé la mort dans ce conflit ont été tués, car ils couvraient les évènements différemment des médias privés « officiels ». En effet, selon les médias privés, ce sont les paysans qui dérangeaient la paix sociale en étant financés par les FARC et par les narcotrafiquants, évènements qui n’ont d’ailleurs jamais pu être prouvés par les forces de sécurité. Il faut noter que les groupes médiatiques appartiennent tous à dix familles de l’oligarchie.

Malgré la répression constante de la part de la police, de l’armée et des paramilitaires, la résistance s’unit et gagne en force de façon constante, malgré les nombreuses exécutions qui se produisent régulièrement. Cette résistance est composée principalement « d’organisations non gouvernementales (ONG) ; syndicats ; mouvements paysans, indigènes, noirs, étudiants, féministes ; artistes, intellectuels, habitants des quartiers, quidams n’appartenant à aucune structure ».

Toujours selon le texte Bras de fer au Honduras, cette résistance n’est pas uniforme et il existe quelques tensions au sein du groupe. D’ailleurs, plusieurs débats ont eu lieu depuis plus d’un an, quant à savoir si le groupe devrait se transformer en parti politique ou, à l’opposé, devrait tout simplement boycotter les prochaines élections. Certaines voix se font aussi entendre pour dénoncer la mainmise et la radicalité des « leaders » de la résistance. Malgré tout, ce mouvement social a réussi à amasser 1 342 000 signatures dans une pétition qui exigeait la convocation d’une Assemblée nationale constituante à laquelle ont participé plus de 1500 délégués de tout le pays. L’auteur français affirme que malgré des débats houleux, la résistance a réussi à s’entendre avec une forte majorité sur trois priorités :

Premièrement, sur le retour inconditionnel et sécuritaire de l’ex-président Zelaya. Deuxièmement, sur le boycottage et la non-participation au prochain scrutin pour ne pas légitimer le coup d’État par Lobo et troisièmement sur la convocation d’une Assemblée nationale constituante.
Maurice Lemoine ne se gêne pas pour affirmer que la résistance commence à faire sentir son influence sur le gouvernement de Lobo. Il y a aussi d’autres facteurs qui affaiblissent ce gouvernement. D’une part, l’isolement du pays par les nombreux gouvernements de gauche sud-américains qui interdisent l’accès à des prêts financiers, car ils ne reconnaissent pas ce gouvernement formé suite à un coup d’État. Lobo se doit de réagir, car il commence à sentir l’étau se resserrer autour de lui. Ce sont le président Hugo Chavez et le président Colombien Juan Manuel Santos qui font les médiateurs entre Lobo et Zelaya. Voici les quatre revendications qui sont exigées à Lobo pour une réintégration du Honduras dans l’OEA : « le retour en toute sécurité des exilés, dont M. Zelaya ; la mise en place d’une ANC “participative et démocratique” ; le démantèlement des structures golpistas et le châtiment des responsables ; la reconnaissance du FNRP en tant que parti politique ». En apparence, toutes les demandes sont acceptées !

L’auteur termine son texte en démontrant qu’il existe de nombreuses contradictions dans l’acceptation de Lobo de toutes ses conditions et qu’il serait prématuré de réintégrer immédiatement le pays dans l’OEA. Le plus important est incontestablement le retour de l’ex-président Zelaya, lui qui devra en tant que fédérateur « unir toutes les forces politiques et sociales. Les conditions existent désormais pour défier le pouvoir et avancer vers le contrôle de l’État ».


Conclusion
En conclusion, il est démontré lors de cette analyse de la situation politique actuelle au Honduras que la démocratie est très fragile dans ce pays, mais aussi dans de nombreux pays d’Amérique latine. Même si, selon la Cour suprême, la démocratie n’a pas été bafouée, il apparaît clairement que le coup d’État réalisé par les militaires, l’opposition, l’Église, l’oligarchie et les médias était antidémocratique et digne des dictatures militaires que ce pays a connues récemment. Le retour récent de Manuel Zelaya au Honduras et la victoire de la résistance populaire hondurienne démontrent une volonté réelle de cette population pour consolider leur démocratie et leur acquis sociaux durement gagnés. Pour terminer, il serait intéressant d’étudier la situation politique du Paraguay ou le même genre de coup d’État vient d’être orchestré. Le combat pour la démocratie est très jeune dans ses pays, et les acquis très fragiles ! Situation politique à suivre, car nous la vivons dans le présent et l’avenir, même si elle semble être encourageante, est plus qu’incertaine.

Mikael St-Louis


Bibliographie

(1) Lamarque, Cécile. Honduras : Pourquoi le coup d’État, 2009, [En ligne] Site Web :http://elpais.com/diario/2009/06/28...
(2) Toussaint, Éric. Venezuela, Honduras, Pérou, Equateur : « petits » oublis et « grands » mensonges des médias, 2009, [En ligne] Site web :http://cadtm.org/Venezuela-Honduras...
(3) Caroit, Jean-Michel. Au Honduras, la campagne électorale s’ouvre dans un climat de haine, Le Monde, p. 8, samedi 12 septembre 2009.

Le FLQ, encore une année plus tard

IL Y A 42 ANS ... DÉBUTAIT LA CRISE D’OCTOBRE




La décennie des années 2000 aura été marquée par plusieurs fléaux comme le terrorisme, les catastrophes naturelles, les pandémies, les crises financières et les guerres. Ce climat de terreur dans lequel nous vivons passe presque inaperçu aux yeux de la grande majorité de la population car cette dernière ne se sent pas concernée tant que le malheur ne s`acharne pas directement sur elle ou sur leur famille. Il faut dire que le Québec, province développée et industrialisée en 2012, semble bien équipé et préparé pour affronter de tels fléaux. Cependant, les gouvernements canadiens et québécois auront été confrontés à un nouveau problème durant les années 1960 à 1970 en étant confronté avec un groupe révolutionnaire qui souhaitait l`établissement d`une société de travailleurs au Québec. Pour régler définitivement le problème au moment fort de la crise en octobre 1970, le gouvernement du Canada a décidé de suspendre la déclaration des Droits de l`Homme et ainsi permettre à l`armée « d`envahir » le territoire québécois et d`arrêter qui bon lui semble. C`est dans cette optique qu`il est intéressant de se demander si le gouvernement fédéral de Pierre-Elliot Trudeau voyait dans le FLQ une véritable menace à la souveraineté du Canada et qu`il a agi de la sorte pour protéger les institutions canadiennes.


La situation au début des années 1960
Alors que les derniers affrontements de la Deuxième Guerre Mondiale remontent à plusieurs années, la société québécoise vit une vaste mutation avec plusieurs grands projets du gouvernement pour moderniser la province. Le gouvernement Lesage « favorise l`expansion du secteur public, sous la poussée d`un mouvement ouvrier en pleine montée. Il réalise plusieurs grands projets en matière d`éducation, de programmes sociaux et de développement économique » (Fournier, 1998, p.14) C`est dans cette période que la société québécoise se retrouve et vit une expansion industrielle, une modernisation de l’État et que plusieurs projets de société émergent, comme l`idée d`un projet indépendantiste.

En effet, plusieurs intellectuels se regroupent et forment le Rassemblement pour l`indépendance nationale (RIN) au début de l`année 1960 et comparent la situation du Québec à plusieurs pays qui vivent le contexte mondial de la décolonisation. Ils rédigèrent un Manifeste et leur principal objectif de se séparer du Canada y est clairement démontré : « À l`époque actuelle où dans le monde entier les peuples s`affranchissent du joug colonial et les nations revendiquent leur pleine indépendance, le Canada français ne peut plus accepter de demeurer sous la tutelle économique et politique de l`étranger. L`idéal de l`indépendance nationale, qui s`allie à celui de l`internationalisme lucide, est valable ici comme partout ailleurs. » (Fournier, 1998, p.16). De plus, les statistiques de l`année 1961 démontre clairement que le peuple québécois est défavorisé comparativement aux anglais du reste du Canada : « entre les Québécois francophones et anglophones, l`écart de revenu moyen est de 35%. […] Le Québec, qui représente 27% de la population du Canada, n`en compte pas moins de 40% des chômeurs. En 1960 et 1961, le taux de chômage y dépasse les 9% de la main d`œuvre. Enfin, les francophones contrôlent moins de 20% de l`économie québécoise. » (Fournier, 1998, p.17-18). C`est alors qu`un mouvement patriotique frappe le Québec, autant chez les travailleurs, les étudiants que les politiciens. Même le Parti Libéral de Jean Lesage part en bataille pour la nationalisation de l`hydro-électricité et son parti choisit le slogan Maîtres chez nous, qui démontre bien la volonté des politiciens québécois de reprendre le contrôle. Plusieurs manifestations, qui tournent quelques fois à la violence, ainsi que les premiers graffitis sont peints sur des édifices fédérales pour encourager la lutte à l`indépendance.

La situation mondiale est aussi avantageuse à la cause du Québec car la décolonisation est à l`ordre du jour. Seulement en 1960, « 17 nations d`Afrique ont accédé à l`indépendance. Deux révolutions victorieuses, en Algérie et à Cuba, ont mis au premier plan la lutte armée comme moyen d`action privilégié » (Fournier, 1998, p.22). Il est évident que la lutte de Cuba, petite nation de 7 millions d`habitants, inspirera le FLQ dans sa cause et qu`il sera son modèle. C`est dans ce contexte que sera formé le FLQ, qui prône l`indépendance du Québec, suivi d`une révolution sociale.


Les actions « terroristes »
Dès sa fondation en 1963 le FLQ est décidé d`agir. Après avoir écrit un premier Manifeste, qui ne sera diffusé par aucun médias, le FLQ attaqua avec des bombes incendiaires trois casernes militaires en mars. Quelques mois plus tard un premier mort est attribué au FLQ. Il s`agit d`un gardien de sécurité qui a explosé avec une bombe placée derrière un centre de recrutement de l`Armée canadienne. Les médias, les politiciens et le milieu judiciaire réagissent fortement en condamnant le FLQ et les accusent d`être des meurtriers. Les felquistes répondent immédiatement à cette critique en expliquant que la mort était accidentelle et qu` « une révolution ne se produit pas hélas ! sans que le sang coule. Un homme est mort mais la révolution ne s`arrêtera pas pour cela » (Fournier, 1998, p.41).

Les nombreux attentats à la bombe continuent dans les semaines qui suivent et les felquistes attaquent toujours des symboles des canadiens-anglais, de la bourgeoisie, des militaires et de l`économie. Le 13 mai, une bombe cause pour plus de 100 000$ de dommage au quartier général de l`Aviation militaire canadienne à Ville Mont-Royal. Trois jours plus tard, cinq bombes explosent dans le riche quartier anglais de Westmount et l`armée y est appelé pour désamorcer les bombes qui n`ont pas explosées. Le sergent-major en charge de cette opération réalise une mauvaise manœuvre et une bombe lui ampute le bras !

Le mouvement semble prendre de l`ampleur et des rencontres ont lieu pour le restructurer en deux branches distinctes ; l`une politique (FLQ) et l`autre militaire (Armée de Libération du Québec). Des plans sont aussi rédigés pour inclure des cellules spécialisées dans des activités de financement (hold-up), de réquisitions d`armes, d`attentats à la bombe et un plan est aussi réfléchi pour la construction d`un camp d`entrainement pour les membres du FLQ. La police s`infiltre dans l`organisation du FLQ juste au moment où ce dernier prenait de l`ampleur. 23 arrestations ont lieu et le noyau de l`organisation est démantelé. Le traitre, Jean-Jacques Lanciault, a reçu 60 000$ pour la dénonciation des jeunes militants.

La police et le gouvernement utilise les grands moyens et certains des jeunes arrêtés se plaignent d`avoir été battus. Le premier ministre Lesage répond : « Lorsqu`elle doit lutter pour écraser un mouvement révolutionnaire et anarchiste, c`est le temps pour la police d`utiliser tous les pouvoirs, même exceptionnels, y compris la détention illimitée sans comparution » (Fournier, 1998, p.46). C`est à ce moment que le Québec comptemporain détiendra ses premiers prisonniers politiques, qui seront tous libérés en 1967. À ce moment, les autorités croient sincèrement que le mouvement est mort et que le FLQ est condamné à disparaître.

Si nous voulions faire un bref résumé des actions militantes du FLQ, nous dirions que « de 1963 à 1970, le Front de Libération du Québec a posé une centaine de bombes, opéré un nombre considérable de vols de toutes sortes, procédé à deux enlèvements et causé directement la mort de sept personnes » (Cardin, 1990, p.19). De nombreuses théories indiquent cependant que le FLQ était infiltré par les forces de l’ordre et que la majorité des actes « terroristes » ont été perpétué par ses derniers dans le but d’enlever toute crédibilité au mouvement aux yeux de la population.


Le FLQ et le syndicalisme
À ses débuts, le FLQ se définissait plus comme un mouvement révolutionnaire. Cependant avec les années qui passaient et l`organisation qui grandissait, le FLQ a connu une « évolution de la pensée […] vers un socialisme toujours plus radical ne sera pas sans influencer sa perception des travailleurs. […] entre 1963 et 1970, le FLQ s`est graduellement rapproché des travailleurs pour en épouser totalement la cause » (Cardin, 1990, p.22). Le FLQ se battait en grande partie pour libérer les travailleurs et les ouvriers du joug de leurs employeurs. Il est donc confirmé que les felquistes étaient pour la cause des travailleurs, mais que pensaient-ils des syndicats ?

Presque unanimement, « les gens du FLQ ont tous amenés à condamner plus ou moins globalement la forme de syndicalisme pratiquée traditionnellement au Québec et en Amérique du Nord » (Cardin, 1990, p.27). Cette condamnation est plutôt dirigée sur le genre de lutte que les dirigeants syndicaux exercent, soit la simple revendication économique. Le FLQ croit fermement que cette revendication est importante, mais qu`il y a beaucoup plus que la situation économique pour juger la qualité de vie d`un travailleur. Le journal du FLQ, La Cognée, est très dur à l`endroit des chefs syndicaux et les accusent souvent de vivre une lune de miel avec le gouvernement. Le FLQ est certain que la grande majorité des travailleurs est prête à faire la révolution, mais que ce sont les dirigeants syndicaux qui les empêchent : « Ceux-ci refusent d`envisager le problème de face […]. Ils refusent de prôner l`unique solution : la décolonisation et l`indépendance. Ils préfèrent louvoyer et entraîner les travailleurs vers une impasse » (Cardin, 1990, p.28).

Malgré le fait que le FLQ et les syndicats n`avaient pas le même objectif final, les deux organisations se battaient néanmoins pour le même groupe de gens et les actions des uns pouvaient aider les autres.


La crise d`Octobre
Lorsque l`année 1970 commence, le FLQ n`a pas encore préparé ce qui allait devenir la crise d`Octobre. Il faut dire que plusieurs militants avaient quelques peu délaissé leur engagement révolutionnaire pour la durée de la campagne électorale, se rangeant derrière le Parti Québécois. Ce dernier subit un cuisant revers et ne fait élire que sept députés, malgré un appui de 25% de la population québécoise. Les membres du FLQ sont en colère et considèrent maintenant le mouvement comme mûr. Ils s`inspirent d`un nouveau type d`action révolutionnaire pratiqué en Uruguay. Cela consiste à « l`enlèvement de personnalités incarnant l`ennemi de classe ou l`adversaire métropolitain » (Bédard, 1998, p.63).

À l`automne, la cellule Libération planifie et exécute l`enlèvement du diplomate britannique James Richard Cross. Le geste est réussi mais ne prend pas l`ampleur que les felquistes souhaitaient. Même le Premier ministre Bourassa ne modifie aucunement son agenda et préfère continuer les négociations salariales avec les médecins. Le FLQ dresse néanmoins une série de conditions pour la libération du diplomate, sinon il sera exécuté. Les conditions se résument à la libération de 23 prisonniers politiques, de 500 000$ en or, de la lecture du Manifeste et d`un avion dans lequel ils pourraient s`exiler vers Cuba.

À ce moment, les membres de la cellule Chénier sont déçus de voir la cellule Libération reculer sur toutes leurs demandes. Ils décident donc, presque sur un coup de tête, de procéder rapidement à un deuxième enlèvement pour avoir un effet significatif. Ils kidnappent le vice-premier ministre Pierre Laporte et la province ainsi que le pays se retrouvent alors sous le choc. La population « a l`impression que le FLQ est une organisation extrêmement bien structurée qui agit en fonction d`un plan très élaboré » (Bédard, 1998, p.66).

Dès lors, des mesures spéciales sont mises en place pour assurer la sécurité des personnalités publiques et les autorités pensent donner plus de pouvoirs aux policiers. Même si le gouvernement refuse de négocier, une lettre écrite par Pierre Laporte sème l`émoi. Il reconnaît que sa vie est entre les mains du premier ministre. De plus, les dirigeants du PQ, des centrales syndicales, et même le directeur du Le Devoir demande au gouvernement de négocier pour éviter des morts et « tous reconnaissent également que cette crise est l`expression d`un malaise social » (Bédard, 1998, p.67). Le peuple aussi semble se ranger derrière le FLQ. Plusieurs se demandent si le Grand soir ne serait pas arrivé pour un changement profond dans la société québécoise. Le soir du 15 octobre, en pleine crise, plus de 3000 personnes se réunissent au centre Paul-Sauvé et la manifestation tourne pro-FLQ. Des discours révolutionnaires et indépendantistes y sont prononcés et la foule y est soulevée.


La loi sur les mesures de guerres
Le premier ministre Bourassa avait pourtant « demandé aux ravisseurs d’entrer en communication avec le gouvernement pour fins de négociation » (Rico, 1980, p.11) le 11 octobre, mais dès le lendemain la loi sur les mesures de guerres est déclarée. Le gouvernement fédéral « déclare alors un état d’« insurrection appréhendée » au Québec et l’on proclame des règlements d’urgence en riposte à la prise de deux otages » (L`encyclopédie canadienne). Cette loi donne des pouvoirs spéciaux aux autorités et beaucoup plus de pouvoirs aux policiers. Effectivement, la Loi des mesures de guerre suspend les droits civils des Canadiens concernant la sécurité, la défense, la paix, l’ordre et le bien-être du Canada et permet aux autorités d`arrêter et de garder en détention sans mandat d`arrestation pour une durée de 90 jours.

C`est la première fois de l`histoire que le Canada utilise cette loi sur son propre territoire et il sème un climat de terreur. Le Premier ministre du Canada, Pierre-Elliot Trudeau, y va d`ailleurs d`une entrevue ou il démontre clairement son mépris et son sentiment de supériorité vis-à-vis le FLQ et la population québécoise : « Allez-y, pleurnichez ! Mais il est plus important de maintenir l`ordre et la loi dans la société que de s`apitoyer sur ceux dont les genoux flageolent à la seule vue de l`Armée. La société doit prendre tous les moyens dont elle dispose pour se défendre contre l`émergence d` un pouvoir parallèle qui défie le pouvoir des élus du peuple. […] Seules les poules mouillés auraient peur d`aller jusqu`au bout » (Fournier, 1998, p.322). Cette attitude méprisante de Trudeau cadre bien avec le dicton « la fin justifie les moyens ». La prise d`otage du ministre Laporte se terminera, selon la version officielle, par la condamnation de la cellule Chénier pour meurtre et enlèvement de Pierre Laporte. Pour ce qui est du diplomate britannique, les membres du FLQ négocieront la vie du diplomate en échange d`un avion en direction de Cuba. Le gouvernement accepta.


En conclusion, il est évident que le gouvernement fédéral de M. Trudeau voyait dans le FLQ une organisation capable de menacer le pouvoir en place. Le FLQ comme tel n`avait aucune chance à lui seul de renverser le gouvernement dû à une organisation mal structurée et surtout par manque d`effectifs. Ce que le Premier ministre du Canada a perçu, c`est la sympathie que les intellectuelles et la population avaient pour le FLQ et cela aurait pu grandement dégénérée. Pierre-Eliot Trudeau a utilisé excessivement son pouvoir en gardant en « otage » son propre peuple durant plusieurs journées, mais son objectif premier de détruire le FLQ et la possible insurrection appréhendée a néanmoins réussi. Il a ainsi gardé en place les institutions et la souveraineté du Canada. Dans cette optique, il serait pertinent de continuer cette recherche en s`intéressant aux autres rebellions qui se sont produites dans l`histoire de notre pays pour étudier le comportement des divers gouvernements en place vis-à-vis le menace.

Mikael St-Louis


Bibliographie

- Ouvrages académiques :
Fournier, Louis. (1998). FLQ histoire d`un mouvement clandestin, Outremont, Lanctôt éditeur, 533 p.
Cardin, Jean-François. (1990). Comprendre octobre 1970 ; Le FLQ, la crise et le syndicalisme, Montréal, Les Éditions du Méridien, 226 p.
Bédard, Éric, (1998). Chronique d`une insurrection appréhendée la crise d`Octobre et le milieu universitaire, Sillery, Les Éditions du Septentrion, 199 p.

- Rubrique d`encyclopédie
Laurendeau , Marc. Front de Libération du Québec, L`encyclopédie canadienne,http://www.thecanadianencyclopedia...., page consultée le 16 mars 2010

- Articles scientifiques :
Brodeur, Jean-Paul. La Crise d`Octobre et les commissions d`enquête, Criminologie, vol. 13, n° 2, 1980, p. 79-98, http://id.erudit.org/iderudit/017125ar
Rico, José M. Les événements d’octobre 1970 et l’administration de la justice pénale au Québec, Criminologie, vol. 13, n° 2, 1980, p. 7-45, http://id.erudit.org/iderudit/017123ar

- Média :
Octobre, Pierre Falardeau, Luc Picard et Hugo Dubé, Canada, 1994, Drame historique, 97 minutes.

dimanche 2 juin 2013

La grève étudiante de 2012, un conflit intergénérationnel ?

Le Québec a vécu une multitude d’évènements politiques, économiques, militaires et sociaux qui rendent son histoire forte intéressante à étudier. Depuis les années 1970, les deux référendums sur la souveraineté ont été les évènements politiques et sociaux qui ont le plus marqué la province sur plusieurs niveaux, et ce de façon pacifique et démocratique. Après 9 ans de pouvoir aux mains des Libéraux de John James Charest où plusieurs acquis sociaux ont disparu au profit de la doctrine néolibérale et du remboursement de la dette, ce dernier a mis en place une mesure qui allait mobiliser et politiser la jeunesse québécoise pour toujours : une hausse des frais de scolarité de 82 % à l’université. Ayant été un militant actif de ce mouvement social, j’aborderais ici plusieurs sujets de cette grève comme l’avant-grève, ma situation personnelle d’étudiant et d’employé, le déroulement des Assemblées générales, le conflit intergénérationnel et les effets que la grève aura eus sur moi.



La période de l’avant-grève
Il est important d’expliquer le contexte personnel dans lequel j’ai vécu la période de l’avant-grève. Je suis étudiant au baccalauréat en sciences sociales, concentration histoire à l’UQO et je suis aussi employé salarié à l’Association générale des étudiantes et étudiants du Cégep de l’Outaouais (AGÉÉCO). Je suis donc impliqué sur deux fronts et il importe de les différencier : le premier comme étudiant et le deuxième comme employé d’une association étudiante. Pour la majorité des étudiants impliqués dans ce mouvement de contestation, la grève a véritablement débuté en février 2012. Cependant, pour de nombreux acteurs de ce conflit, ce mouvement de contestation a réellement commencé en janvier 2011 et la grève fut le moyen ultime des étudiants pour tenter de bloquer cette hausse des frais de scolarité. En effet, les associations étudiantes ont entrepris la mobilisation dès la fin de 2010 pour conscientiser les étudiants de l’enjeu des frais de scolarité et de l’impact qu’une telle hausse aurait sur l’accessibilité des études postsecondaires. De nombreux kiosques, des conférences sur le sujet, des dîners-causeries, de la distribution de « tracts », la popularisation du carré rouge et l’implication des étudiants les plus motivés auront tous été des moyens pris entre janvier et mars 2011 pour lancer ce mouvement, et ce même si l’annonce de la hausse des frais de scolarité n’était pas encore officialisée dans le budget du gouvernement de Charest.

En mars 2011, le gouvernement du Québec annonce dans le budget Bachand qu’il augmentera les frais de scolarité de 1625 $ sur 5 ans, une augmentation de 75 %. Une manifestation impliquant plusieurs associations étudiantes et groupes sociaux se tient immédiatement dans les rues de Montréal pour protester contre la hausse des frais, mais aussi contre d’autres mesures impopulaires comme la taxe santé. Cette première mobilisation attire plus de 10 000 citoyens en colère contre les politiques néolibérales du budget Bachand et sonne le début du mouvement de contestation. La session d’automne 2011, autant à l’UQO qu’au Cégep de l’Outaouais et partout au Québec, servira à préparer la stratégie des étudiants pour contrer la hausse et la possibilité d’une grève générale illimitée est de plus en plus discutée. En novembre 2011, une manifestation nationale a lieu à Montréal et regroupe environ 30 000 étudiants de partout au Québec. La session d’Hiver 2012 commencera et les étudiants, qu’il soit pour ou contre cette hausse, ont cet enjeu sur le bout des lèvres et les discussions se font fréquentes et il devient de plus en plus évident qu’une grève sera déclenchée, car le gouvernement de Charest se montre inflexible et ne veut aucunement négocier.


Les Assemblées générales extraordinaires
Comme la majorité des étudiants, j’ai eu mes premières expériences de démocratie participative en participant aux Assemblées générales extraordinaires (AG). D’abord comme étudiant où je devais participer et exercer mon droit de vote, mais aussi comme employé ou je devais organiser le déroulement et la formalité de l’AG. Le 13 février 2012, deux associations étudiantes modulaires déclenchent en Assemblée générale la grève générale illimitée au Québec. Il s’agit de l’Association des chercheuses et chercheurs étudiants en sociologie de l’Université Laval et le Mouvement des étudiants en service social de l’Université Laval. Vers la fin février, plusieurs cégep se joignent au mouvement de contestation et il y a plus de 30 000 étudiants en grève générale illimitée.
Au début mars, l’Outaouais a donc rejoint le mouvement étudiant avec son moyen de pression ultime qu’est la grève et le 5 mars 2012, le nombre d’étudiants en grève atteint maintenant 123 300 partout au Québec. Le gouvernement annonce qu’il augmentera néanmoins les frais de scolarité à partir de l’automne comme il est prévu dans son budget.

Comme analyse des AG en Outaouais, la première constatation que je peux faire est que la participation des étudiants à ses rencontres décisionnelles auront été bénéfiques dans l’apprentissage de la participation citoyenne et dans la vie démocratique. En effet, les AG fonctionnaient avec le code Morin et où le système utilisé est celui de la démocratie participative, ce qui signifie que toutes les décisions prises lors de ses rencontres étaient applicables sur l’ensemble des étudiants de ses établissements. Pour mieux cerner l’évolution des étudiants lors des AG, j’ai décidé de séparer en trois périodes distinctes ses rassemblements démocratiques : les premières AG, les AG du milieu de la grève et les AG de la fin de la grève.

Tout d’abord, il importe de mentionner que les premières Assemblées générales étaient, pour la grande majorité des étudiants, une première expérience de démocratie participative et cela en ne maîtrisant pas les procédures du Code Morin. Une constante qui revient tout au long de la grève est que physiquement, les étudiants contre la hausse des frais de scolarité (les « Rouges ») et les étudiants pour la hausse des frais de scolarité (les « Verts ») formaient deux groupes distincts et il était donc possible d’évaluer quantitativement les deux groupes à l’œil. Lors du premier mois de grève, les « Rouges » étaient nettement mieux organisés pour ce qui est de la mobilisation et cela se reflétait lors des débats sur les votes de grève. Même si ce n’est que 10 à 20 % des étudiants inscrits qui participaient aux AG, les « Rouges » étaient majoritaires, connaissaient les procédures du Code Morin et l’utilisait à leur avantage, monopolisaient le débat avec un argumentaire détaillé et solide. Pour ce qui est des « Verts », ils étaient mal organisés, peu nombreux et probablement intimidés par la forte mobilisation des « Rouges ». L’analyse que je fais des premières Assemblées générales et qui résultera dans la décision des étudiants de poursuivent la grève générale illimitée se situe clairement dans la mobilisation et la préparation des deux groupes quant à la participation aux AG. Étant donné que les « Rouges » se réunissent quotidiennement pour faire du piquetage, pour préparer des activités, pour se réunir et discuter, il apparaît que leur mobilisation quotidienne se sera reflétée lors des votes de grèves et cela peut expliquer en partie pourquoi les écarts entre le premier vote et les suivants s’accentuent en faveur des étudiants pour la grève. Les « Verts » ont aussi pu être impressionnés et/ou intimidés par la grande mobilisation des « Rouges » et plusieurs ont peut-être abandonné l’idée de participer au vote sur la grève. La grande critique provenant des étudiants contre la grève était que les AG étaient d’une trop longue durée et que les participants devraient seulement voter sans avoir de débat, un non-sens lorsqu’on connait les procédures de ses réunions décisionnelles.
Ensuite, analysons les Assemblées générales du milieu de la grève, c’est-à-dire de la période couvrant le deuxième mois de la crise sociale. Il est à noter que la participation des étudiants des deux groupes a considérablement augmenté pour se situer à environ 30-40 %. Bien que les « Verts » commencent à maîtriser les procédures des AG et du Code Morin, les « Rouges » usent de différentes stratégies pour favoriser la poursuite de la grève. On peut aussi constater que des « leaders » se forment, principalement chez les étudiants pour la grève, mais aussi chez les étudiants contre la grève, et que l’argumentaire des deux côtés évolue grandement. Les « Verts » démontrent de la frustration vis-à-vis la méconnaissance du Code Morin et la menace d’injonction commence à transparaître dans le discours de quelques étudiants. Les résultats dans les votes commencent à être de plus en plus serrés et le climat de tension est de plus en plus palpable au sein des deux groupes. Les « Rouges » tiennent énormément à continuer le moyen de pression qu’est la grève, car ils y voient la possibilité de négocier avec le gouvernement et de tenter d’annuler la hausse des frais, tandis que les « Verts » veulent absolument mettre fin au conflit par crainte de voir leur session annulée.

Les dernières Assemblées générales se sont déroulées dans un climat de forte tension, et ce pour plusieurs raisons. La demande d’injonction faite par quelques étudiants qui s’opposaient à la grève aura instantanément mis le feu aux poudres et accentué les rivalités entre étudiants. L’injonction avait comme objectif d’obliger un retour en classe pour l’ensemble des étudiants qui étaient sous un mandat démocratique de grève tenu décidé en AG. Cela a eu l’effet souhaité inverse et aura déboulé sur une radicalisation du mouvement étudiant en Outaouais. Les Assemblées générales qui ont suivi vont s’être tenues dans un climat de violence suite aux arrestations de nombreux étudiants « Rouges » principalement à cause de l’injonction et/ou le débat était rendu plus personnel et de nombreuses insultes étaient échangées.


Analyse d’un conflit intergénérationnel
Tout le monde est d’accord pour affirmer que c’est la hausse des frais de scolarité imposée par le gouvernement libéral qui aura mobilisé la jeunesse québécoise et cela a eu comme conséquence de transformer la crise étudiante en crise sociale. Cependant, une perspective intéressante est celle que la crise sociale que le Québec vient de vivre est aussi un conflit intergénérationnel entre les « baby-boomers » et la génération « Y » qui oppose de nombreuses valeurs et des choix de société pour le futur du Québec. En effet, un conflit intergénérationnel se définit « en se référant aux évènements, aux contextes économiques qui scandent l’évolution professionnelle d’un ensemble d’individus. La génération se définit alors comme des individus ayant en commun une même empreinte historique, matérialisée par des expériences et des influences identiques, et un socle commun de règles institutionnelles gérant leur évolution professionnelle avant, pendant et après leur insertion dans le monde du travail » (Grima, 2007, p.27). C’est lorsque deux générations différentes, ici les « baby-boomers » et les « Y », ne partagent plus les mêmes valeurs et la même vision de la société qu’un conflit intergénérationnel peut se produire. Avant de débuter, il est nécessaire d’affirmer que l’usage du concept de génération n’est généralement pas consensuel en sciences sociales et que le lien entre appartenance générationnelle et comportement est souvent remis en question. Néanmoins, sans tomber dans l’extrême généralisation, analysons le discours différent entre les « boomers » et les « Y ».

Le « Baby-boom » s’est produit dans les années suivantes la fin de la Deuxième guerre mondiale et se caractérise par une importante croissance du nombre des naissances dans plusieurs pays occidentaux, ce qui aura eu comme effet de restructurer la société. Étant donné la forte croissance économique qui a suivi la fin de la guerre, cette génération sera prise en charge par l’État et la société, notamment avec la construction de nombreuses écoles et parcs pour combler les besoins de cette nouvelle génération. Les « baby-boomers » sont nés entre les années 1945 à 1975. Ils ont aussi profité de la croissance économique en ayant des emplois stables et bien rémunérés. Il est important à noter que la dette financière que la société québécoise et canadienne supporte présentement provient majoritairement des emprunts faits pour la construction de nombreuses infrastructures qui auront permis au pays de se développer. La majorité des « baby-boomers », aujourd’hui âgés de 50 ans ou plus, recherche pour la plupart une certaine stabilité et la protection de leurs acquis. L’ordre et la sécurité sont des mesures pouvant combler les besoins qu’ils recherchent. Cette génération a été progressiste lors de sa jeunesse, mais penche de plus en plus vers le conservatisme modéré.

La génération « Y » inclut les personnes qui sont nées approximativement entre les années 1980 et 2000. Il faut constater qu’avant le conflit étudiant, la croyance populaire sur cette génération rapportait énormément de préjugés sur eux comme par exemple qu’ils étaient des enfants-rois, paresseux et non travaillant, et surtout qu’ils ne s’intéressaient pas ou peu à la politique. Il est cependant reconnu que cette génération a de la difficulté avec l’autorité et qu’ils sont très à l’aise avec la technologie et l’informatique.

La génération « Y » vit aujourd’hui dans une société où l’incertitude économique est sur toutes les tribunes. Le problème de la dette est aussi très préoccupant pour eux, car les gouvernements occidentaux proposent présentement des mesures d’austérités en coupant dans les acquis et les programmes sociaux pour rembourser les intérêts de la dette et il n’y a rien qui laisse présager un changement de situation pour le futur à court et moyen terme. Le discours de cette génération qui revient souvent en est un progressiste et elle veut se faire entendre par toute la société, principalement par les leviers de pouvoir. Les « Y » sentent une injustice flagrante entre les générations qui les ont précédés, car ils hériteront d’une société endettée, polluée, corrompue et de plus en plus à l’écoute des politiques néolibérales au détriment de son peuple. Après tout, ce sont les « Y » qui vivront dans la société de demain et ils devraient, selon eux, être consultés dans la prise de décision actuelle et surtout être impliqués dans ses décisions. Les « Y » proposent et veulent des solutions de rechange au gouvernement en place avec des mesures de justices sociales et plus d’égalités entre les classes sociales. Ils sont aussi sensibles aux problèmes environnementaux et ont une conscience qui est plus axée sur le monde que sur leur pays. Pour eux, l’éducation est une priorité que l’État devrait avoir et pour plusieurs raisons que je n’aborderais pas ici.

Quant à eux, les « boomers » sont probablement moins attachés aux arguments sur l’importance d’investir dans les gens qui veulent s’éduquer et sont plus rattachés aux politiques qui touchent à la santé et à l’économie, situation qui s’explique par leur recherche de stabilité économique et sociale et de leur préoccupation par leur état de santé et des soins qu’ils vont pouvoir recevoir. Les « boomers » se retrouvent aussi dans une situation où ils occupent souvent des postes importants au sein de leur emploi et leur génération est très bien représentée dans les instances gouvernementales. Au final, il y a donc un groupe qui a construit au fil d’une génération une société à son image et qu’il tient à préserver ce modèle en préservant ses acquis, et de l’autre côté, un groupe qui veut être de la prise de décision, car il sent le besoin de changer le fonctionnement de cette société en prétendant que se sont eux qui subiront demain les décisions prises aujourd’hui.


En conclusion, j’affirme haut et fort que le conflit étudiant de 2012, qui s’est transformé en crise sociale à partir de l’adoption de la loi répressive 78, fait dorénavant partie de l’histoire des mouvements sociaux du Québec. L’élection d’un gouvernement minoritaire péquiste et sa promesse d’annuler la Loi 78 et la hausse des frais de scolarité jusqu’à tenue d’un sommet sur l’éducation aura certes mis fin au mouvement de grève étudiant, mais il est beaucoup trop tôt pour affirmer que la crise sociale est terminée. Avec les mesures d’austérités appliquées partout en Occident, il y a de fortes chances que la mobilisation contre la hausse des frais de scolarité évolue en lutte sociale beaucoup plus large si les politiques néolibérales continuent à dominer la sphère économique, politique et sociale au Québec et au Canada. Nous aurions aussi pu analyser ce conflit sous d’autres angles que celui du conflit intergénérationnel. En effet, ce conflit aurait pu être étudié sous l'angle d'une lutte des classes, d'un conflit  entre les secteurs publics et privés de l’économie et entre des milieux grandes-villes, banlieues et métropoles de régions périphériques. Personnellement, j’ai grandement évolué lors des six derniers mois et j’ai été en mesure de séparer mon rôle d’étudiant mobilisé à l’UQO de mon rôle de permanent dans une association étudiante ou je me dois d’être neutre pour représenter l’ensemble des étudiants. La jeunesse québécoise aussi a grandement grandi. Effectivement, le gouvernement libéral de Charest, avec ses mesures répressives et en ne démontrant pas une réelle conviction de régler le conflit, aura, sans le vouloir, politisé les étudiants, et ce sur plusieurs enjeux de la société. Le mouvement étudiant sort plus fort de ce conflit, car pour une première fois lors de grève, les associations étudiantes nationales ont réussi à s’entendre pour faire front commun face à un gouvernement décidé par son idéologie. Cependant, la judiciarisation du conflit étudiant avec des injonctions, qui dans la plupart des cas n’ont pas été respectées, forçant les étudiants à retourner en classe malgré des votes de grève obtenus démocratiquement me laisse perplexe sur l’avenir du mouvement étudiant. Il paraît clair qu’au prochain conflit étudiant, des étudiants contre la grève demanderont dès le départ d’une future grève une injonction. Le mouvement étudiant se doit d’envisager immédiatement cette possibilité et de trouver une façon légale d’être reconnue et que les votes démocratiques d’AG soient également reconnus devant le système de justice. Pour terminer, je me considère chanceux d’avoir pu vivre à 100 % cette lutte sociale et toute l’expérience que j’ai acquise dans la rue va m’influencer dans mes rapports que j’aurais avec les autres. Solidarité !

Mikael St-Louis


Bibliographie
GRIMA, François. Impact du conflit intergénérationnel sur la relation à l’entreprise et au travail : proposition d’un modèle, Management Prospective Ed, Site web :http://www.cairn.info/revue-managem...

vendredi 9 mars 2012

L`affaire Duceppe

La séparation des pouvoirs est une caractéristique primordiale de notre système de démocratie représentative au Canada et au Québec. Au niveau politique, il y a séparation entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Le législatif est représenté par la Chambre des Communes au fédéral et l`Assemblée nationale au provincial, qui eux sont composées de députés élus. L`exécutif est représenté par le Premier ministre et ses ministres qui sont nommés par le parti politique et qui a remporté les élections législatives. Le pouvoir judiciaire est confié aux juges qui doivent appliquer les lois du pays et de la Charte des droits et libertés. Il existe néanmoins d`autres pouvoirs qui peuvent influencer les gouvernements, notamment la société civile, les groupes de lobbys, les groupes de pression et les médias. Ici, nous étudierons principalement le pouvoir médiatique, ses conséquences ainsi que l’influence qu`il peut exercer sur le pouvoir politique. Il sera question du traitement médiatique que le journal et le site internet de La Presse a réservé à l`ancien chef du parti politique du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, concernant les allégations que le parti politique aurait utilisé illégalement les budgets alloués par la Chambre des communes pour financer les activités parlementaires du Bloc Québécois. Pour ce faire, cette analyse présentera la source médiatique qui est La Presse et de son propriétaire Paul Desmarais. Par la suite, l`analyse sera portée sur le contexte dans lequel est survenu ce « scandale » et il y aura décortication de 8 articles parues dans La Presse pour comprendre le traitement médiatique fait sur ce dossier. Le tout se terminera par une conclusion où ma vision des évènements sera exposée.



Présentation de la source médiatique et de son propriétaire

 La Presse est un quotidien québécois qui est publié du lundi au samedi avec plus de 1 200 000 exemplaires vendus ou distribués par semaine. Il existe une version gratuite sur internet disponible auwww.cyberpresse.ca où l`on retrouve l`actualité ainsi que plusieurs blogues de ses journalistes. Sa date de fondation remonte aussi loin que 1884 et ses compétiteurs directs sont le Journal de Montréal et le Devoir. Comme la plupart des médias actuels, le journaliste d`enquête n`est pas priorisé dans ce journal et celui-ci mise plutôt sur des nouvelles reprises par des grandes associations de presses mondiales et sur des nouvelles d`actualités nationales. La Presse est néanmoins reconnue comme un quotidien de grande qualité qui a fait ses preuves d’éthique, de professionnalisme et de neutralité ; seule sa page éditoriale est reconnue comme étant pour le fédéralisme canadien et contre la souveraineté du Québec.

Son propriétaire principal se nomme Paul Desmarais et ce dernier est un fédéraliste convaincu et il se dit lui-même ennemi du mouvement souverainiste au Québec. Multimilliardaires, il est un des hommes les plus riches et les plus influents au Canada. Il est aussi propriétaire de Power Corporation, une entreprise qui se spécialise dans plusieurs domaines comme les médias, les services financiers et les pâtes et papier. Plusieurs critiques provenant d`autres médias lui reprochent ses liens étroits avec le monde politique et le monde financier ainsi que l`influence qu`il pourrait exercer sur certains politiciens et acteurs de la finance. Il est effectivement l`ami personnel de plusieurs décideurs, dont le Premier ministre québécois John James Charest, du président de la France Nicolas Sarkozy, de l`ancien Premier ministre canadien Jean Chrétien (la fille de Jean Chrétien est mariée avec l`un des fils de Paul Desmarais), du président de la Caisse de dépôt du Québec Michael Sabia, du président de la LNH Garry Bettmans et finalement, de l`ancien président des États-Unis Georges Bush. Il est aussi admis que Desmarais a un accès direct à tous les bureaux de Premier ministre, autant du niveau fédéral que provincial. Il fait aussi parti de nombreuses organisations dénoncées, telles le groupe Bilderberg et la famille Rockefeller.


Contexte 

La défaite du Bloc Québécois à l`élection fédérale du 2 mai 2011 a été un coup très dur à cette formation. En effet, sa députation est passée de 49 députés à seulement 4 députés et ce, même si le Bloc a reçu tout de même plus de 23% des appuis dans la province. Même le chef du parti, Gilles Duceppe, a été battu dans sa circonscription et il a aussitôt annoncé sa démission le soir du vote. Les analyses des politicologues ont été aussitôt d`annoncer que ce résultat signifiait principalement que l`option souverainiste n`intéressait plus réellement les Québécois et que ses derniers étaient exaspérés de participer à l`éternel débat sur cette question. Pourtant, les sondages indiquaient clairement que l`option demeurait aux alentours de 40% d`appuis, pourcentage qui prédomine depuis quelques années dans la province de Québec. De plus, une étude qui date de février 2012 commandée par le Premier ministre Harper tend à prouver ce point : « L’agitation politique qui a provoqué la vague orange aux dernières élections découle plutôt d’un ras-le-bol des Québécois à l’égard des politiciens que d’un naufrage de l’option souverainiste » (12).

Quelques mois plus tard, le Bloc Québécois se remettait tranquillement sur pied avec une course à la chefferie qui n`a pas soulevé les passions, chose qui se produit également dans la course à la chefferie du NPD, et a résulté à l`élection de Daniel Paillé comme nouveau président du BQ. Au niveau provincial, il y a eu la crise au Parti Québécois qui a mené à la démission et/ou le renvoi d`une dizaine de députés et ce pour plusieurs raisons. Certains comme Pierre Curzi, Lisette Lapointe et Louise Beaudoin ont quitté en fracas, car ils critiquaient la ligne de parti et la façon de diriger de la cheffe Pauline Marois. Jean-Martin Aussant a suivi en démissionnant principalement, car il ne croyait pas en la gouvernance souverainiste du PQ. Il a alors fondé un nouveau parti indépendantiste, Option Nationale. D`autres députés comme Benoit Charrette, François Rebello et Daniel Ratthé ont quitté le caucus du PQ pour se joindre au nouveau parti qui est la Coalition Avenir Québec et qui rejette toute option de souveraineté avant un minimum de 10 ans.

Le Parti Québécois se retrouvait alors en sérieuse difficulté et les sondages démontraient que le parti politique avait de fortes chances de vivre la même situation que le Bloc Québécois, c’est-à-dire, de perdre la grande majorité de ses députés au détriment de la CAQ, si une élection provinciale avait lieu. Le leadership de Pauline Marois était constamment remis en question et plusieurs militants, présidents de circonscription, députés péquistes et groupes internes exigeaient fortement la démission de la cheffe. Encore une fois, les politicologues discutaient de l`exaspération des Québécois face à la souveraineté, même si les sondages démontraient clairement que l`option restait au même niveau, malgré les intentions de vote du PQ qui étaient en chute libre à 21% d`appuis populaire en novembre 2011. Il faut donc comprendre que les intentions de votes pour la souveraineté ne sont pas directement liés au Parti Québécois et que plusieurs indépendantistes se retrouvent dans d`autres partis, comme Québec Solidaire, la Coalition Avenir Québec et Option Nationale. L`option souverainiste est donc plus populaire que le Parti Québécois et la chute des intentions de vote pour le parti n`affecte en rien l`option souverainiste (1) (2).

Au moment où le PQ semblait sur le point de perdre la majeure partie de ses appuis et que la CAQ se dirigeait vers un gouvernement majoritaire si des élections avaient lieu, un sondage Léger Marketing/Agence QMI (3) annonce que si Gilles Duceppe devenait le chef du Parti Québécois, celui-ci verrait ses appuis grimper dramatiquement, passant de 21% à 37%. Cela ferait en sorte que le PQ formerait un gouvernement majoritaire, loin devant la CAQ et le Parti Libéral. Le problème du PQ se trouverait donc à la chefferie et non au niveau de son idéologie souverainiste, comme le laissait présager les politicologues qui analysaient la situation depuis l`élection du 2 mai 2011.

Gilles Duceppe prend conscience de sa popularité et décide donc de tester ses appuis au sein du parti et fait savoir aux membres de sa garde rapprochée qu’il est désormais prêt à prendre la place de Pauline Marois si cette dernière décide de démisionner. Survient alors le scandale qui indique que Gilles Duceppe aurait contrevenu à la loi en payant « le salaire du directeur général de son parti, Gilbert Gardner, pendant sept ans à même le budget accordé par la Chambre des communes pour le fonctionnement de son cabinet à Ottawa » (4). Duceppe annonce alors qu`il renonce à prendre la tête du PQ pour rétablir sa crédibilité et prouver son innocence.


Analyse

 Commençons par analyser les titres utilisés par La Presse concernant ce dossier : « Fonds publics : Gilles Duceppe dans l`embarras », « Gilles Duceppe de nouveau éclaboussé », « Fonds publics utilisés à des fins partisanes : le Bloc pourrait devoir payer », « Attaqué, Duceppe lance la serviette », « L`affaire Duceppe », « Activités partisanes ne veut pas dire activités de parti, selon Comartin », « Qui a torpillé Duceppe ? » et « Affaire Duceppe : Paillé craint que ses adversaires veuillent faire la fête au Bloc »

Ce que je retiens principalement des titres employés par La Presse est définitivement la répétition constante du nom de Gilles Duceppe et le fait que ce média a décidé de nommer se pseudo-scandale « l`affaire Duceppe ». Il est intéressant de se questionner sur la pertinence de ceci car Duceppe était effectivement le chef de ce parti politique, mais il serait faux de prétendre qu`il s`occupait des questions financières et du suivi de la réglementation de la Chambre des communes. La Presse pointe directement l`ancien chef et non le parti politique et si il y a effectivement non-respect de la loi, cela serait plutôt au Bloc Québécois de répondre à ses accusations et non à l`ancien chef. Il suffit de retourner au scandale des commandites pour constater que ce n`est pas Jean Chrétien qui a reçu le blâme des accusations, mais bel et bien le Parti Libéral de Canada, pourquoi serait-ce différent dans ce cas précis ?

Continuons en analysant quelques phrases clés pris dans différents articles sur ce sujet : « Cette pratique violerait les règles de la Chambre des communes puisque les fonds qu`elle accorde aux élus doivent être utilisés pour financer les activités parlementaires et non pas des activités partisanes » (4)

« La légalité d`une telle pratique fait actuellement l`objet d`une enquête à la Chambre des communes » (5)

« Gilles Duceppe et le Bloc Québécois pourraient devoir rembourser les fonds parlementaires utilisés pour payer le salaire du directeur général du parti et d`une de ses conseillères » (6)

« En somme, si on juge la pratique autorisée par M. Duceppe sur la base des précédents et du standard éthique que le chef du Bloc imposait à ses adversaires, il ne fait pas de doute qu`il a commis une faute » (8)

Pour ce qui est de la première citation qui affirme, au conditionnel, l`illégalité commisse par le Bloc québécois, elle a été infirmée par le journal Le Devoir qui a simplement communiqué par téléphone avec un porte-parole responsable de cette question à la Chambre des communes. Ce dernier a confirmé qu`il existe effectivement un volet partisan aux règlements, contrairement à ce que La Presse affirmait. Évidemment, La Presse a omis de se rétracter et en a plutôt rajouter dans l`article du lendemain en affirmant que Duceppe « a puisé dans le budget de fonctionnement de son cabinet à Ottawa pour payer le salaire d`au moins un autre directeur général du parti » et « La légalité d`une telle pratique fait actuellement l`objet d`une enquête à la Chambre des communes » (5). Il est donc pertinent de se demander si les journalistes Joël-Denis Bellavance et Hugo De Grandpré ont communiqué avec la Chambre des communes pour confirmer leurs écrits ou si leur « scoop » reposait sur des rumeurs. Pour ce qui est de la troisième citation, il s`agit encore une fois d`une affirmation sensationnalisme non-fondée et non confirmée et qui inclus Gilles Duceppe et non seulement le BQ.

La dernière citation provient d`André Pratte, éditorialiste en chef du journal La Presse. Rappelons que le journal ne nie aucunement que son éditorial est pro-fédéraliste et contre l`idéologie souverainiste au Québec. Il est assez absurde de la part d`un journaliste d`expérience comme André Pratte de terminer son éditorial de cette façon. Il est certes conscient que notre système de justice ne fonctionne en aucune manière de la façon qu`il présente le cas et que si Gilles Duceppe se doit d`être jugé, ça ne sera certainement pas sur l`éthique mais bien sur des faits et des lois, ce qui démontre clairement un manque d`arguments flagrants.

Analysons maintenant les quelques rares moments où La Presse laisse entrevoir que les allégations contre le Bloc et Gilles Duceppe pourrait être remises en causes : « Une lecture rapide des règlements en question peut amener à conclure que ce n`est pas le cas. En effet, les fonctions parlementaires y sont définies comme comprenant les questions partisanes » (8)

« Même si les règles parlementaires sont interprétées par certains comme donnant raison à Gilles Duceppe » (9)

Sur les 8 articles concernant « l`affaire Duceppe », ses deux rares citations laissent entrevoir une possibilité que Gilles Duceppe pourrait être innocent. Il faut cependant noter que ses deux passages sont suivis de commentaires des autres partis politiques fédérales qui insistent pour dire que le Bloc a contrevenu aux règles et qu`une enquête de la Chambre des communes est en cours pour prouver la culpabilité de l`ancien chef du BQ.

Il faut aussi citer quelques passages où le Bloc et/ou Gilles Duceppe se défende d`avoir enfreint les règles de la Chambre des communes :

« Il (Duceppe) a affirmé que le Bloc n`avait rien à se reprocher et a soutenu que son parti avait toujours pris soin d`agir selon les règles. Il a ajouté que ses proches collaborateurs avaient sollicité l`avis des experts de la Chambre pour s`en assurer » (4)

« Oui, j`étais directeur du Bloc Québécois. Oui, comme M.Gardner, j`étais payé par le cabinet du chef du Bloc québécois en respectant les règles de la Chambre des communes qui ont toujours stipulé que le travail partisan faisait partie intégrante du travail de député a dit M.Marais » (5) « À titre de chef de cabinet, j`avais à prendre de nombreuses décisions budgétaires pour lesquelles je faisais les vérifications d`usage pour m`assurer de leur légalité a dit François Leblanc » (6)

Il faut donc comprendre que la position du BQ face à ce supposé scandale a été depuis le début d`affirmer qu`ils ont respectés les lois de la Chambre des communes et qu`ils ont été cherché l`avis d`experts externes à leur organisation pour avoir une seconde confirmation de la légalité de leurs actes.

Pour terminer cette analyse, voici quelques citations qui abordent la question du complot qui pourrait avoir eu lieu contre l`ancien chef du Bloc Québécois :

« Selon lui (Marc Laviolette), devant la réaction des partis politiques fédéraux à la controverse, il n`y a pas de doute qu`on vient d`assister à une nouvelle tentative d`assasinat politique par les fédéralistes. C`était le leader souverainiste le plus populaire au Québec » (7)

« C`était prévisible, les adeptes de la théorie des complots « gescaiens » accusent La Presse d`avoir sorti l`artillerie lourde pour torpiller Gilles Duceppe » (10)

« Selon M Paillé , les partis fédéralistes approchent cette affaire de manière très politique et partisane » (11)


En conclusion, il est normal d`affirmer que cette histoire mérite d`être étudiée par la Chambre des communes pour s`assurer de la légalité de la chose. Cependant il est tout de même assez suspect que ce scandale soit sorti médiatiquement à ce moment-ci de la carrière de Gilles Duceppe étant donné que le Bloc Québécois fonctionnait de cette manière depuis plus de sept années. Il serait absurde de penser qu`aucun autre parti fédéral n`avait pris connaissance de cette pratique étant donné qu`ils considéraient le BQ comme un ennemi naturel et que ce dernier avait sorti médiatiquement plusieurs scandales financiers qui les concernaient. L`acharnement que La Presse a mis de l`avant sur ce présumé scandale et sa réticence à se rétracter sur certaines informations fausses qu`elle avait publié peut porter à confusion sur l`éthique journalistique du journal dans ce dossier précis. Sans parler de complot, il serait très intéressant d`apprendre d` ou proviennent les sources de ce journal et plusieurs réponses pourraient être alors obtenues. Si la tendance se maintient, Gilles Duceppe sortira de ce dossier blanc comme neige et il pourra alors envisager de se présenter à la chefferie du Parti Québécois si Pauline Marois décide de démissionner.

Mikael St-Louis